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 The wolves will come again ϟ BALDWIN & BRYNHILD

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Northern Highlands

▷ ÂGE IRL : 26
▷ MESSAGES : 433
▷ INSCRIPTION : 05/02/2013
▷ LOCALISATION : Northern Highlands, château des MacKenzie
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▷ HUMEUR : Comploteuse
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MessageSujet: The wolves will come again ϟ BALDWIN & BRYNHILD   Ven 12 Avr - 20:31


❝ The wolves will come again ❞
© PEPPERLAND.


La neige tombait à gros flocons dans la plaine. Les bannières claquaient au vent. Les hommes étaient gelés malgré les couches de vêtements qu'ils portaient. Les visages étaient fermées, les regards tournés vers un horizon indistinct. Le voyage de retour vers les terres des MacKenzie était plus fastidieux que le voyage d'aller. Il nous fallait affronter une nature déchainée. Elle était aussi en colère que je pouvais l'être. J'étais folle de rage après ce qu'il s'était passé au domaine des DunBroch. Folle de rage à l'idée que cette reine incapable reste une minute de plus sur le trône d'Écosse. Sa proposition de paix s'était transformée en véritable déclaration de guerre, et quelque part j'en étais bien heureuse. Cela faisait trop longtemps que le conflit s'était enlisé, il était grand temps que les tambours de guerre résonnent de nouveau. Cependant, j'étais consciente d'être dans une position délicate. Étant chef d'un clan au sein des Northern Highlands, j'étais supposée soutenir cette incapable. Or, mon esprit ne serait pas apaisé avant qu'elle ait perdu sa tête. Hélas, je ne pouvais déclarer ouvertement la guerre à la reine, ce serait de la trahison. Il me fallait être prudente et rusée. Une chance, je possédais ces deux qualités. Avant de quitter le domaine des DunBroch, je m'étais entretenue avec Aodhan Macintosh dans le plus grand secret afin de sceller une alliance entre nos deux clans. Des quatre clans, il me semblait être le seul à vouloir la guerre, à vouloir Mérida morte, ou tout du moins jetée à bas du trône. Raghnall Dingwall était un grand naïf influençable et Gabran MacGuffin ne voulait que la paix. Je n'avais pas choisi de soutenir Macintosh, cela m'avait été en quelque sorte été imposé naturellement. Il était seul à vouloir la guerre, et de ce fait il serait le seul à recevoir mon soutien. Si nous étions chanceux, peut-être pourrions nous rallier les Dingwall à notre cause. Il suffirait certainement de se montrer persuasif. Je n'ignorais pas le caractère colérique et un brin hystérique du Laird Macintosh, mais pour le moment je le voyais d'un bon œil. Mieux vaut un homme prêt à tout qu'un homme incapable de lever le petit doigt. Ma prise de position était risquée, mais la cause en valait la peine à mes yeux. Cette mascarade n'avait que trop duré. Il fallait y mettre un terme, et le plus rapidement possible, pour sauver autant de vies que possible. Si j'avais promis de mettre mes bannerets à la disposition du Laird Macintosh, je n'avais guère envie de voir mes hommes donner leurs vies inutilement. J'avais su gagner la confiance et l'amour de mon peuple, je ne voulais pas le perdre. Il fallait absolument que mon engagement dans la guerre paraisse justifié. Voilà pourquoi nous avions convenu que notre alliance resterait secrète jusqu'à ce que le moment soit venu de prendre les armes. Pas avant, car il nous fallait être prudents et sceller autant d'alliances que possible avant de marcher contre les armées de la reine et de ses alliés. La guerre n'était pas un jeu.

« Les hommes sont épuisés, Brynhild. » J'avais cligné des yeux plusieurs fois pour chasser les flocons qui s'étaient posés sur mes cils et reprendre mes esprits. Je tournai alors la tête vers Alistair, qui chevauchait à mes côtés. Il portait son armure, dont le plastron était frappé d'un loup doré, et une épaisse cape de fourrure était jetée sur ses épaules. Les sourcils froncés, je jetai un regard en arrière. Il avait raison, les hommes étaient épuisés. J'eus un petit soupir. « Nous nous arrêterons là pour la nuit. Ce n'est pas l'endroit idéal, mais de toute évidence nous ne pouvons aller plus loin. » Alistair acquiesça et fit faire demi tour à sa monture afin d'aller prévenir les hommes. Je jurai entendre de nombreux soupirs de soulagement, mais il était probable que ce ne soit que le vent. Je mis pied à terre, et j'eus un petit sourire lorsque je m'enfonçais dans la neige qui recouvrait la terre. L'hiver était venu en même dans que la déclaration de guerre. On aurait pu y voir un signe des dieux. Je frissonnais et ramenai mon manteau contre ma poitrine. Un jeune garçon vint s'occuper de mon cheval, et je le gratifiai d'un geste de la tête. Heureux d'avoir droit à un peu de repos, les hommes semblaient avoir retrouvé leurs forces, le temps de monter le camp et planter les bannières dans la terre gelées. Il y en avait trois. Celle de mon clan, représentant une montagne en feu était la plus importante. Il y avait la mienne, un arbre d'or sur un fond bleu. Et récemment j'avais décidé d'ajouter un loup gris sur fond blanc à mes armoiries. Le loup avait été purement créé pour se moquer de ceux qui médisaient sur Alistair en l'appelant le Loup du Nord. Ils voulaient un loup ? Eh bien, je leur en donnais un. Alistair avait ri de ce pied de nez. Ils ne savaient pas à qui ils avaient à faire, ces idiots. Ceux qui me sous-estimaient parce que j'étais une femme avaient tort. J'étais plus dangereuse que bien des hommes. Je le prouverais bien assez vite.

Ma tente fut celle qui fut montée le plus vite et j'eus vite fait de m'y engouffrer avec ma fille, Alistair et une poignée de domestiques. Sigrid était fatiguée, ses yeux se fermaient seuls. Je demandai à une servante de la faire manger et de la coucher ensuite. Un tel voyage était épuisant pour une enfant de seulement cinq ans. Et pourtant elle s'était montrée remarquablement patiente, ne s'était jamais plainte. Je la couvais du coin de l'oeil alors que je me débarrassai de mon épais manteau. Alistair fit de même et nous nous assîmes à la table qui avait été dressée au milieu de la tente. J'eus un soupir profond. « Ce voyage, c'est bien des tracas pour assister seulement à une déclaration de guerre. » Alistair eut un petit rire. Il connaissait mon opinion sur le sujet, et devait être le seul. « Nous serons chez nous dans moins de deux jours. N'explosez pas avant, ce serait mauvais pour le moral des bannerets. Ils sont nombreux a avoir voulu vous accompagner chez la reine. Vous avez leur confiance et leur respect. Ne les laissez pas voir votre trouble. » De nouveau j'avais soupiré, avant de hocher la tête. Il était vrai qu'il ne valait mieux pas casser le moral des troupes. Mais c'était plus fort que moi. J'étais si énervée, si agacée... Je me forçai à sourire. « Comme toujours, vous êtes la voix de la raison. » « Votre père avait pour habitude de me dire cela. J'ignore s'il était réellement dans le vrai. » Mon sourire se fit triste. Finalement, je n'avais partagé que très peu de choses avec mes parents. J'avais été envoyée dans les Lowlands et mariée si jeune que je n'avais pas pu partager grand chose avec eux. Ils me manquaient. Alistair était la seule chose, la seule personne qui nous avait toujours liés. Sa loyauté était indéfectible. J'en avais toujours été étonnée. Il n'avait jamais rien demandé en retour. C'était pourquoi je l'avais toujours traité comme un ami, et non pas comme un vassal. J'aurais pu aller jusqu'à dire que c'était un membre de ma famille. Ma toute petite famille... Sigrid le considérait comme un père, j'en avais parfaitement conscience. Cela ne me posait pas le moindre problème. Elle avait besoin d'une figure paternelle autre que celle qu'elle avait connue jusqu'à ses quatre ans. J'accordais à Alistair le droit d'être son père de bonne grâce. Il l'aimait comme une fille, pourquoi n'aurait-il pas le droit d'être son père ? C'était peut-être un peu ma façon de le remercier, lui qui n'avait hélas jamais eu d'enfants.

Sigrid avait été conduite à sa propre tente, qu'elle partageait avec sa nourrice. La tente était juste à côté de la mienne, et plus protégée que de raison. C'était plus fort que moi, il fallait toujours que ma fille bénéficie de la meilleure des protections. Mes hommes savaient à quel point la protéger était une tâche importante. Ils savaient également que si quoi que ce soit devait lui arriver, je me chargerais personnellement de leur sort. Une perspective suffisamment effrayante pour qu'ils préfèrent donner leur vie pour la sienne plutôt que de subir mes foudres. J'engageai la conversation avec Alistair au sujet de l'attaque de Mor'Du, et on nous servit le repas du soir. Cependant, notre paix fut de courte durée. Nous n'avions pas installé notre campement depuis deux heures qu'un homme se fit annoncer et entra dans la tente. C'était un homme d'une quarantaine d'années, aux cheveux bruns et au visage barré d'une cicatrice. « Ma Lady », dit-il en s'inclinant. Je le saluai d'un geste de la tête. « Lord Campbell. » « Pardonnez moi de vous déranger, mais nous avons de la compagnie. » Je fronçai les sourcils et échangeai un regard avec Alistair. « Le clan Menzies vient d'arriver sur la plaine. Lord Menzies et ses hommes aimeraient passer la nuit sur la plaine, le temps que la tempête ne passe. » Alistair se leva, et jeta son manteau sur ses épaules avant même que je n'ai dit quoi que ce soit. « Les Menzies sont les vassaux des Dingwall. Il est étonnant qu'ils se trouvent ici. » « Peut-être se sont-ils perdus ? » J'eus un sourire moqueur. « Un clan vassal oui. Mais je ne les sais pas particulièrement loyaux. Amenez moi Lord Menzies. Dites lui que je l'invite à partager notre repas. Je suis curieuse. » « Savez vous ce que l'on dit de lui, Brynhild ? » J'acquiesçai avec un sourire. « Qu'il vient du Nord. Du vrai Nord. » Alistair eut un sourire. J'avais eu l'intelligence de me renseigner au sujet de mes supposés ennemis. J'aimais savoir à qui j'avais à faire. Alistair disparut dans la tempête, accompagné de Lord Campbell. Il semblait que le repos n'était pas plus à l'ordre de la soirée qu'il ne l'avait été à celui de la journée.

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Eastern Highlands

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Just one frozen tear

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MessageSujet: Re: The wolves will come again ϟ BALDWIN & BRYNHILD   Sam 27 Avr - 13:02


« The wolves will come again »
Brynhild & Baldwin



Le vent soufflait, il hurlait. Que voulait-il donc nous dire? Qu'il souffrait? Que nos âmes vagabondes ne pouvaient rien pour lui et que de ce fait, il continuerait à jamais d'écorcher nos peaux pâles avec ses mots emplis de peine, arrachant le peu de chaleur que nos corps amaigris réussissaient à amasser? Sa voix était terrible, tantôt rauque, tantôt stridente. Il nous gelait les os, nous promettant de nous suivre jusqu'à la fin des temps, de nous balayer de cette Terre jusqu'à ce plus rien ne subsiste de nous. Car contrairement à lui, nous étions mortels. Terriblement mortels. Les premiers flocons s'étaient mis à danser autour de nos êtres quelques jours avant que nous levions le camp, leur arrivée précipitant notre départ. Mais ils n'étaient pas l'unique raison de notre retour ; le blizzard nous rapportait les échos sourds des tambours de guerre. Certes, celle-ci durait depuis une décennie mais nous sentions tous qu'elle reprenait vigueur ; et seuls les dieux savaient comme il était mauvais de ne pas être sur ces terres en ces moments. Si nous nous trouvions si profondément empêtrés dans les contrés nordiques c'était qu'une bonne raison nous y avait poussé ; rendre les coups. Malgré la réputation que les Menzies s'étaient forgés et qu'ils perpétuaient avec une fierté sans pareille, le conflit ne nous épargnait guère. Pourtant, qu'avions-nous seulement à gagner dans cette bataille? J'imaginais mal Dingwall monter sur le trône. Non! Ce serait la plus grande mascarade que l’Écosse aurait eu à subir. Juste la simple idée d'y penser faisait courir le long de mon échine un long frisson, tandis que l'inquiétude rongeait mes entrailles. Raghnall était un incapable. Il ne servirait que de marionnette, le temps qu'un de ses proches ne trouve le moyen de l'éliminer d'une douce et inaperçue façon. J'étais d'ailleurs plutôt bien placé pour savoir à quel point il était dangereux de ne pas se méfier de son entourage et deviner qu'il ne ferait pas long feu avec le postérieur confortablement installé sur un quelconque trône. J'avais alors songé à l'éventualité qu'Aodhan MacIntosh ne le renverse et vienne déposer son arrière-train royale sur la couronne d’Écosse. Cette idée eut le don immédiat de me donner la nausée ; il serait un tyran, comme son père, celui que Brynjolf m'avait si bien décrit. La reine était déjà morte. Il ne restait plus que le laird des terres australes. Ah! Quelle ironie, le seul apte à gouverner notre partie ne semblait pas le chercher réellement. Il désirait juste anéantir les rêves de domination de ce très cher MacIntosh. Pourtant, il restait à mes yeux l'unique être capable de ramener un peu d'ordre en ces terres ensanglantées. Je n'étais pas sans savoir que ma rencontre avec lui, si curieuse pouvait-elle sembler, influençait beaucoup mon opinion sur lui et que mes gens ne pouvaient pas réellement comprendre l'intérêt que je lui portais. Il aurait fallu être là, quatre années auparavant, dans le bosquet aux Banshees pour saisir la source de mon affection que je ne pouvais avouer sans qu'on me regarde de travers. Pourtant, ma loyauté défaillante envers les Dingwall était bien connue ; elle avait même traversé les frontières de nos terres. Si je me battais c'était pour mon clan et ces hommes qui me suivaient sans même me poser de question. Pour eux et uniquement eux. Ils me constituaient, étant chacun important à mes yeux ; du plus piètre ivrogne trébuchant sur mes chemins au plus grand chevalier chevauchant à mes côtés. Je les respectais et je voyais dans leur regard qu'ils me remerciaient ; là où ils avaient pensé trouver un assassin sans avenir ni pour eux, ni pour lui, ils avaient déniché un chef de clan qu'ils portaient avec la force d'un ours. Et c'était la plus belle chose que ce monde avait eu à m'offrir, si hostile m'avait-il paru. Je ne me l'avouais qu'à moi-même mais j'avais redouté mon retour parmi eux, si bien que je craignais qu'ils ne me mettent à terre avant même que je revendique mon désir de reprendre le clan en main. Mais ils avaient attendu de voir ce dont j'étais capable, me testant assez pour que je leur montre quel homme se cachait derrière le fantôme qu'ils avaient vu revenir de sombres contrées.

Mes pupilles tentaient vainement de percer l'horizon mais il était immaculé de blanc, quelque fut l'endroit où elles se posaient. Le froid nous ralentissait autant qu'il nous désespérait et rien ne m'indiquait que cette neige allait un jour cesser. J'aimais à croire que mes lointaines origines scandinaves me protégeaient de lui mais, même s'il devait en être ainsi, rien ne l'empêchait de rougir le peu de peau qu'il avait à sa disposition et d'engourdir le bout de mes membres pourtant bien à l'abris. Je jetai un coup d’œil par dessus mon épaule ; un nuage de vapeur s'échappa alors de ma bouche, provoqué par un long soupir. Brynjolf sembla lire dans mes pensées car, à peine allais-je ouvrir la bouche qu'il le fit à ma place, me devançant. « Nous n'irons pas plus loin, Baldwin. » « Je sais. » Me contentai-je de lui répondre en lui jetant un regard contrarié. Je serrai les dents un instant en réfléchissant ; notre position était loin d'être avantageuse. J'avais, sans doute naïvement, espéré être arrivé plus prêt des frontières de l'est. « Prions les dieux pour qu'ils restent cléments. » Le chevalier partageait mon inquiétude ; nous avions certes profité de cette accalmie passagère provoquée par une trêve royale que nous n'avions bien sûr pas respectée, l'heure était actuellement aux hostilités qui promettaient d'être plus violentes que jamais. Nous avions saccagé un village appartenant à un des vassaux de notre bonne vieille reine, ayant eu l'audace de s'en prendre aux Menzies des Eastern - ceux du nord n'étaient rien, à côté de nous - et, alors que nous nous apprêtions à déguerpir, quelques uns de mes guerriers étaient venus me voir, d'homme à homme. Ils avaient entendu des rumeurs sur une certaine agitation ayant causé beaucoup de grabuge durant le banquet réunissant tout les clans - enfin, à peu près - au sein du château DunBroch. L'un avait juré qu'un dragon s'y était glissé pendant que l'autre, après lui avoir asséné un coup derrière le crâne, promettait que c'était un loup géant noir comme la nuit. Ils s'étaient alors bouffés le museau quelques instants avant que je ne les rappelle à l'ordre et ce qu'ils me déclarèrent à l’unisson eut le don de m'émoustiller ; la guerre reprenait. Celle qui stagnait depuis quelques temps déjà ; elle se relevait, prête à dévorer des milliers de vie avec un appétit affreusement insatiable. Nous étions las de nous battre, ne trouvant de la conviction que dans la défense de nos biens et de nos proches ; désormais, peu importait ce qui c'était passé là-bas, ce que je savais c'est qu'il nous fallait saisir nos armes avec bien plus de détermination. Et chacun de nous était prêt à le faire, sentant nos cœurs battre la chamade au creux de nos cages thoraciques, témoignant de la force qu'ils nous promettaient de nous insuffler, une fois que le temps de la guerre aurait à nouveau sonné.

Cependant, le temps n'était pas aux combats, ni même aux discours. Mes hommes, au même titre que moi, étaient fatigués, frigorifiés et très certainement affamés. J'ordonnai alors à mon monture de cesser sa pénible marche avant de faire face à mes hommes qui, remarquant mon arrêt, m'avaient imité. Ils m'écoutèrent alors attentivement, semblant heureux de la proposition que je leur exposais tout en affichant un visage fermé par l'inquiétude me rongeant qu'ils partagèrent à l’instant même où je leur en fis part. Nous étions habitués mais là reposait justement une plus grande partie du problème ; plus rien ne serait comme avant. La curiosité me brûlait les lèvres et enchaînait mon esprit par les nombreuses questions dont elle l'assaillait ; que pouvait-il bien s'être passé? Je regrettai un instant de ne pas m'être rendu à ce banquet afin de voir cela de mes yeux vus mais quelque chose me disait que mon abstinence était justifiée. Peut-être que trancher la tête de la reine de notre patrie calmerait une partie de nos ardeurs - surtout les miennes, à vrai dire -, mais les conséquences n'en seraient que plus désastreuses. Alors autant éviter de ne mettre à l'épreuve notre sang-froid ; les Menzies étaient donc restés chez les Menzies. Ou du moins, ne s'étaient pas rendus chez les DunBroch - et, je vous assure, notre souveraine aurait dû nous en remercier. L'idée même de me retrouver face à face avec un chef de clan partisan de la suzeraine du nord me fit grimacer ; certes, une bataille en de telles conditions serait quasiment impossible à mener mais je n'ignorais pas que la folie pouvait abriter bien des hommes. Ayant désigné quelques bougres pour qu'ils partent en éclaireur, mon visage se crispa un peu plus quand je les aperçu à nouveau parmi ces flocons virevoltant, semblant bien préoccupés. La source de leur ennui eut le don de m’énerver, si bien qu'ils n'osèrent ajouter un seul mot, observant mes quelques gestes rapides, mes regards furtifs mais perçants et le rythme auquel mon sang bouillonnait, au creux de mes tempes. J'échangeai quelques instants avec Brynjolf, mon bras droit qui, après un certain temps de réflexion tomba finalement d'accord avec moi ; nous ne pouvions nous permettre d'aller plus loin, ni même de faire demi-tour alors autant instaurer une coexistence pour la nuit, nous évitant ainsi d'être pris pour le visage de l'ennemi. Certes, nous n'étions guère ce que nous pouvions appeler des alliées mais il aurait été ridicule d'en venir aux armes à cet instant. « Tâchons de nous montrer prudents et de goûter du bout des lèvres cette paix qui languit depuis tant de temps. » « Elle se meurt et j'ai bien peur que plus jamais elle n'ait assez de vigueur. » Je lus à cet instant dans les pupilles de mon interlocuteur une certaine once de regret, d'espoir anéanti, mais je fus rassuré par la flamme brûlant à ses côtés ; celle qui me promettait qu'il serait éternellement auprès de moi et que jamais il ne se permettrait de flancher sans s'être battu.

Ah, que je détestais m'entretenir avec les chefs des autres clans. Cela m'était tout simplement insupportable. J'étais de nature très spontanée et mon arrogance naturelle faisait de moi un être plutôt en marge des conventions habituelles, si bien que j'étais même parfois qualifié d'irrespectueux. Paraissait-il que j'étais même capable de créer un conflit en deux phrases seulement, à tel point que Brynjolf devait souvent me dépêtrer de quelques situations fâcheuses causées par mes propos. De plus, la plus part de ces lords et de ces ladys me dégouttaient par leur maladive hypocrisie ; ils étaient nombreux à critiquer les Menzies, impies barbares sans même une once de loyauté, si ce n'est qu'envers eux-mêmes et une fois devant leur chef, ils illuminaient leur visage d'un sourire poli et faussement sincère. Mais je savais que rien de tout cela ne serait d'application aujourd'hui ; chacun voudrait protéger ses hommes de l'autre, si bien que nous nous contenterions de nous promettre de laisser ranger nos armes pour la nuit, sans même tenter de s'intimider. Mais, tandis que je me rendais vers le campement repérer, accompagné de quelques hommes de confiance, je songeais aux bannières que l'on m'avait décrites ; celle des MacKenzie. J'avais souvenir que leur chef était une dame réputée pour sa force de caractère et son nom résonnait comme une douce mélodie au creux de mes oreilles ; Brynhild, reine des Valkyries. Une femme du nord à n'en pas douter, étant donné ce nom évocateur. Je me pris alors à rêvasser aux gardiennes du Walhalla avant que Brynjolf lui-même ne vienne sèchement couper le fil de mes pensées, me faisant remarqué la proximité de nos potentiels ennemis. Ces hommes auraient été prêts à nous écarteler et à piétiner nos morceaux afin d'être sûrs et certains que nous ne représentions plus aucune menace. Ah, de bons hommes, en vain. Nous évitions pourtant de démontrer toute hostilité ; de toute manière à quelques uns contre une quasi armée, nous ne pouvions prétendre grand-chose. « N'ayez crainte, nous ne sommes pas là pour nous battre. Je suis lord Menzie, représentant du clan Menzie des Eastern Highlands. Mes hommes et moi-même ne cherchons qu'un endroit où nous protéger de cette tempête, rien de plus. Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, j'aimerais m'entretenir avec votre chef. » L'homme à qui je m'étais adressé sembla réfléchir un instant avant d'envoyer un de ses hommes prévenir leur dirigeante ; nous attendîmes alors, espérant pour qu'elle n'ait pas la folie de décider d'en venir aux armes. Mais en observant l'état d'épuisement dans lequel se trouvaient certains de ses hommes, j'en doutais fort ; aucun de nous ne désiraient sacrifier nos guerriers pour si peu. Nous n'en aurons que trop besoin. Puis, l'idée que la dame revenait d'un long voyage me traversa l'esprit ; celui qui l'avait mené jusqu'au château de la reine. Elle devait s'y être rendue, assurément. Elle avait alors surement eu l'occasion de voir ce dragon, ce loup cracheur de feu, ce lézard à poil, peu importait! Tout ce que je savais de ce curieux et malheureux évènement, c'est qu'il avait fait bouillonner le venin que cracheraient tout les chefs de clan. Mais j'en voulais plus. Et voir revenir l'homme désigné messager acompagné d'un autre homme à la stature imposante - celle d'un guerrier comme ceux qu'on décrit dans les légendes - afin de me prévenir de la volonté de MacKenzie de s'entretenir avec moi vint se faire dessiner un sourire au coin de mes lèvres. Peut-être qu'enfin ma curiosité serait rassasié mais je n'en resterai pas moins prudent. Je renvoyai les quelques hommes qui m'avaient accompagné, gardant tout de mêmes Brynjolf à mes côtés, en leur mandant de monter le campement avec hâte et de se reposer comme il se devait tout en restant les plus prudents possibles. Je les observais un instant s'en aller avant de rediriger mon attention vers les hommes de MacKenzie. Il régnait une tension presque palpable, si bien que je craignais qu'au moindre geste esquissé, chacun saute à la gorge de l'autre. Je me présentai à nouveau, tandis que le nouvel arrivant en dit de même, mes yeux se posant sur le plastron décorant son armures ; je me rappelai alors vaguement une histoire de loup du nord avant de reprendre la parole. « Ce serait un outrage que de refuser. Nous vous suivons my lord. » J'étais persuadé que mon conseiller me maudissait de ne pas vouloir resté terrer au fond de ma tente en attendant une accalmie afin de déguerpir d'ici. Mais en ces temps, je ne pouvais me le permettre.

« Lord Menzie. » dis-je simplement en adressant à la chef de clan un signe de tête respectueux, une fois que nous eûmes pénétrés en sa tente. Les conventions me passaient parfois au-dessus de la tête, mon éducation s'étant faîte moins rude étant donné que j'avais eu la chance d'être le septième louveteau d'une portée plutôt particulière. Alors même si parfois, je semblais impoli, c'était par pur malentendu. Certes, parfois, je l'avoue, j'étais volontiers arrogant mais je considérais qu'un chef n'avait pas à se plier aux attentes des autres représentants, s'il voulait qu'on le prenne au sérieux. « C'est un honneur que de rencontrer la souveraine des Valkyries. » Ajoutai-je, un petit sourire amusé au bout des lèvres. Mais celui-ci s'évanouit vite ; la situation n'était guère appropriée. Je continuai, sur un ton serein bien que mon regard azur restait perçant - mais c'était une habitude éternelle - « J'espère que notre présence ne vous accommode pas, ma lady. » Le contraire m'aurait étonné ; elle n'aurait pas pris la peine de m'inviter en sa propre tente en ce cas. Mais j'étais plutôt entrain de faire allusion à Brynjolf ; il était mon ombre et jamais - jamais - il ne me lâcherait, même pour toutes les richesses de l’Écosse.

créée par Matrona

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MessageSujet: Re: The wolves will come again ϟ BALDWIN & BRYNHILD   Mer 1 Mai - 21:00


❝ The wolves will come again ❞
© PEPPERLAND.


De ce que j'avais cru comprendre, après ce banquet qui serait maintenant synonyme de catastrophe, les Dingwall s'étaient alliés aux Macintosh. Néanmoins, tous leurs vassaux ne devaient pas approuver cette alliance, tout comme je savais déjà que tous les Lairds des Northern Highlands (moi la première), n'étaient pas d'accord avec cette proposition de paix et cette alliance avec les Lowlands. Cependant, combien auraient suffisamment de cran pour s'opposer à leurs souverains ? Il y en avait beaucoup qui étaient très doués lorsqu'il s'agissait de faire entendre leur voix lors des conseils où il étaient la personne la plus importante présente, mais alors qu'ils seraient en présence de plus puissant qu'eux ? Bien des hommes étaient des lâches. Les dieux en soient remerciés, je n'étais pas un homme. D'aucuns disaient de moi que je n'étais qu'une pauvre veuve éplorée. Ah, les imbéciles ! J'avais été une pauvre poupée fragile, oui, mais c'était il y a bien longtemps. J'avais appris depuis à user de mes charmes pour me faire passer pour une pauvre petite créature fragile. Bien des hommes avaient ri de moi, jusqu'à se retrouver face à celle que j'étais vraiment. Une femme plus forte, qui ne se laisserait plus marcher sur les pieds par des hommes. Oh bien sûr, je savais bien que ma voix ne serait jamais aussi écoutée que celles des hommes. Il était bien rare qu'une femme dirige un clan, j'en avais parfaitement conscience. Ce n'était pas parce que la loi écossaise faisaient de nous les héritières au même titre des hommes que nous avions tous les droits. Car les femmes on les marie, on les envoie au loin... on s'en débarrasse. De temps à autre il y avait une exception. Une femme, plus forte qu'on ne l'aurait cru, arrivait à la tête d'un clan et prouvait qu'elle avait l'étoffe d'un Laird. Il me semblait faire partie de ces femmes là. Je n'aurais jamais cru devenir un jour chef de clan. J'avais été mariée, envoyée dans une région lointaine. Et puis j'avais un jour décidé de prendre mon destin en main. J'avais fait le choix de devenir ce pour quoi j'étais née. Je n'avais ni frères, ni sœurs, j'étais la seule héritière des MacKenzie. On avait souvent reproché à mon père son mariage avec une étrangère. On l'avait traité de traitre, car il avait osé épouser une femme du Nord, une viking, une barbare comme disaient certains. Le sang des MacKenzie serait à jamais souillé... Je me rendais compte aujourd'hui qu'ils avaient tous tort. Le sang des Vikings était la seule chose qui m'avait permis de survivre dans ce monde. Bien souvent, j'avais pensé que les vrais barbares étaient tout simplement les écossais.

Je me demandais quelle pouvait bien être la position de Lord Menzies quant à tout cela. Était-il de ceux qui criaient au scandale, à la guerre, ou regrettait-il cette alliance entre les Dingwall et les Macintosh ? Sans oublier qu'officiellement, j'étais l'ennemie. Officieusement, c'était toute une autre histoire. Je m'étais entretenue secrètement avec Aodhan Macintosh et nous avions convenu que je serais ses yeux et ses oreilles dans le Nord et le Sud. Quel dommage que Gabran MacGuffin ne pense qu'à la paix ! Je pensais l'homme intelligent, muni de nombreuses qualités qui pourraient assurément faire de lui un excellent souverain. Hélas, il préférait courber l'échine et se battre pour la paix. Sa femme n'avait de toute évidence pas réussi à lui transmettre ses envies de grandeur. Eh bien, tant pis ! Mon choix se portait sur le Laird Macintosh. Il était loin d'être aussi calme et réfléchi que MacGuffin, mais il voulait voir la reine aussi morte que moi, et cela me suffisait. Qui plus est, il m'assurait que j'aurais la main mise sur une bonne partie du Nord si il gagnait. Si. Le projet était ambitieux, non dénué de dangers, mais le jeu en valait la chandelle. Les DunBroch devaient céder le trône à plus compétent. Il ne tenait qu'à nous de faire en sorte de gagner cette guerre. Les forces de l'Ouest et de l'Est si bien contrôlées devraient nous permettre d'écraser nos ennemis. Raghnall Dingwall devrait être aisé à manipuler... Il n'était qu'un enfant ne se souciant de rien. Ce caractère nous servirait bien, les Macintosh et moi. Non, le seul qui m'inquiétait réellement était le Laird des Lowlands, qui assurément finirait par voir clair dans notre jeu à un moment où à un autre.

Je ne sursautai pas lorsqu'une poignée d'hommes pénétrèrent dans la tente, parmi lesquels Alistair, que je devinai particulièrement nerveux. Je posai les yeux sur les hommes présents, puis avec un léger soupir, je me levai. Je répondis au salut du Lord avec un léger sourire. À n'en pas douter, nous partagions les mêmes origines. Je ne pus m'empêcher d'avoir un petit rire à la remarque du Lord. Je vis Alistair froncer les sourcils, bien moins amusé que moi. « Si j'étais cette reine là, je ne serais pas sur ces maudites terres écossaises, mais en train de festoyer avec Odin et tous les héros d'Asgard. J'ai bien peur de ne partager qu'un prénom avec la reine des Valkyries. » Hélas ! Si j'avais eu ses pouvoirs, cette guerre serait terminée depuis maintenant bien longtemps. Je n'étais qu'une femme mortelle. Ce qui ne faisait pas de moi un être inoffensif pour autant. Lord Menzies s'en rendrait compte bien assez vite. Ce n'était pas parce que nous partagions nos ancêtres que je lui faisais confiance pour autant. J'avais appris à me méfier de tout et de tous. Je ne répondis pas tout de suite à la question qu'il me posa. Lord Campbell et ses hommes avaient quitté la tente, il ne restait que moi, Alistair, Lord Menzies... et ce qui était visiblement un homme proche de lui. Je pris la peine de détailler l'homme des yeux, puis un sourire aux lèvres, mes yeux se posèrent sur Alistair. « Eh bien, eh bien... Je ne suis de toute évidence pas la seule à posséder un chevalier servant qui s'avère aussi être mon plus proche ami. Moi qui pensais en avoir le privilège... Cela n'a aucune importance, vous êtes tous les deux les bienvenues dans ma tente. » J'échangeai un regard lourd de sens avec Alistair. Si je les invitais à partager ma tente, il fallait toutefois rester prudent. Il l'avait bien compris et silencieusement promettait de rester sur ses gardes. « Je suppose que vous avez fait long voyage et que ce dernier fut éprouvant. Je vous en prie, asseyez vous. » D'un geste je désignai deux sièges alors que je retourner m'asseoir, suivie de près par Alistair. Assis, ce dernier posa son épée sur ses cuisses. J'eus un petit sourire en coin. Ce n'était pas très fin mais cela avait le mérite d'être clair. Il m'était entièrement loyal, tout comme l'étaient ceux qui m'avaient accompagnée sur les terres de la couronne. Rapidement, une paire de servants entrèrent pour nous servir à boire et de quoi dîner. Pour quatre au lieu de deux. Discrètement, on me fit savoir que ma fille s'était endormie. Je répondis à cela par un sourire, puis renvoyai les domestiques, leur donnant l'autorisation d'aller dîner à leur tour. Eux aussi avaient le droit de se nourrir, nous étions capables de nous servir nous même. Je ne comprenais pas pourquoi certains seigneurs avaient besoin qu'on leur fasse tout. Je me sentais diminuée et dépossédée du contrôle lorsque l'on me faisait tout.

« Seriez vous perdu, Lord Menzies ? Vous êtes loin de vos terres, il me semble. La tempête de neige vous aurait-elle fait perdre tout sens de l'orientation ? Loin de moi l'idée de vous blâmer si c'est le cas, il est facile de se perdre dans ces terres. À moins qu'il n'y ait une autre raison à votre présence ? Nos souverains ont décidé de faire de nous des ennemis, parait-il... » J'étais mieux placée que quiconque pour savoir que ces prétendues alliances ne faisaient pas tout. J'étais curieuse de savoir ce que le Lord pouvait bien en penser... Oh, sans doute ne me révèlerait-il pas à qui allait véritablement son alliance aussi rapidement, je ne le prenais pas pour un idiot. Je voulais cependant observer ses réactions. Il n'était pas rare que le corps trahisse la pensée.


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MessageSujet: Re: The wolves will come again ϟ BALDWIN & BRYNHILD   Mar 21 Mai - 18:51


« The wolves will come again »
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Que l'avenir pouvait-il bien nous réserver? Je sentais que ce banquet, fut-il organisé avec tant de bonnes attentions, allait devenir la charnière entre deux instants ; celui d'une guerre se traînant lamentablement et celui où les tambours de guerre feraient à nouveau vibrer nos cœurs ensanglantés. Les Menzies étaient des guerriers par excellence et, quelque fut le temps dans lequel ils évoluaient, ils étaient toujours prêts à saisir les armes. Mais cela ne faisait que deux petites années que je me trouvais à leur tête et bien que je les sente dévoués, ils m'échappaient parfois, prononçant le nom de mon père avec un certain regret qui leur brûlait rapidement le bout des lèvres vu le regard noir que je leur lançai. Il avait pourtant été un si grand homme. Pourquoi avait-il fallu que son cœur soit si noir, grignoté par une pourriture fétide innommable? Que mes frères me manquaient! Leurs regards protecteurs, leurs conseils avisés, leurs sèches réprimandes, leurs coups fraternels, leurs rires gras mais joyeux, leurs voix rauques et graves, leurs vies, simplement. J'aurais préféré mourir au combat en sachant qu'au dessus de moi veillaient six hommes respectables et bienveillants que de connaître la solitude dans laquelle je me trouvais. Ah, seul, je ne l'étais pas, bien sûr. Mais rien n'était plus terrible que de se sentir abandonné quand on était en vérité entouré comme je l'étais. J'aurais volontiers sacrifié ma propre vie pour qu'un seul d'entre eux survivre à ma place ; ils étaient chacun plus apte à succéder à ce père meurtrier que ma propre personne. Pourquoi donc aucun d'entre eux n'avait-il fuit? Le pire, je le savais, c'est que je tentais vainement d'étouffer la plus cuisante douleur me brûlant encore trop souvent à mon goût les joues d'une traînée salée que je ne m'accordais que dans les moments les plus sombres et éloignés de toute chose ; celle du doute qu'ils avaient posé en moi. Ils avaient jugé ma culpabilité tout à fait plausible et quel mal cela me faisait. Ah, quelle souffrance qui me rongeait l'âme! Cadet que j'étais, jeune louveteau effarouché que je m'étais montré, je n'avais su les convaincre de mon innocence alors que j'étais celui dont les mains étaient les plus propres. Je n'avais pas encore eu le temps, ni même l'occasion, de commettre quelque atrocité, quelle qu'elle fut. Certes, j'avais ôté quelques vies dans le contexte de la guerre mais c'était une toute autre chose... Je n'aurais jamais touché à un seul cheveux de mes frères. Jamais. Pour rien au monde. J'aurais tout fait pour les protéger, tout et n'importe quoi. Mais le mal avait atteint la demeure en son sein, en son cœur, là où jamais je ne l'aurais attendu.

Mais mon entourage actuel était des plus inquiétants et ne pas me méfier aurait était encore plus désastreux que d'avoir fait confiance à mon propre sang. Une seule pensée, une unique phrase prononcée - voir un tout petit mot, une syllabe, juste un regard peut-être même bien! - et la vie de mon confrère et moi-même seraient mises à prix ; nous promettant une mort rapide ou pire, une longue torture - qui, en ces temps, seraient contre quelques informations à soutirer? Mais je savais mes hommes aux aguets, scrutant l'horizon, prêts à intervenir au moindre doute - s'ils n'étaient déjà pas entrain de regarder leurs potentiels ennemis en pointant vers eux un couteau glissant sous leur gorge. Leur sens de la diplomatie valait très certainement le mien et à vrai dire, c'était loin d'être une bonne chose. Ceci dit, je fus grandement heureux de voir se dessiner un sourire sur les traits fins de mon interlocutrice auquel je répondis promptement en entendant sa réponse. Ecoutant la suite de ses paroles, je m'abstins d'une remarque au sujet de Brynjolf qui, assurément, aurait mal pris mes propos. Prétendre qu'il était plutôt un fardeau qu'un chevalier servant devant une lady du rang de MacKenzie était de toute évidence une mauvaise idée et je me félicitai intérieurement d'avoir retenu ces quelques pulsions de sarcasme me plaisant pourtant tant. « Nous vous remercions pour votre hospitalité, bien que je doute que le voyage fut plus aisé de votre côté. » déclarai-je avant de répondre à son invitation en prenant place sur le siège qu'elle avait désigné. Mon plus proche conseiller, la mâchoire crispée me fit comprendre par ses pupilles cerclées d'une inquiétude infinie que j'avais tout intérêt à me tenir tranquille et de me comporter en véritable chef. Il y avait ces moments où l'être que j'étais n'avait plus rien à dire, à faire ; il devait répondre à ces lois qui régissaient notre monde et cela ne lui plaisait guère, je l'avoue. Il y a d'ailleurs un très célèbre dicton qui dit Chassez le naturel, il revient au galop. Néanmoins, je savais quand tenir ma place, ayant eu l'occasion d'aiguiser ma prudence et surtout une certaine méfiance dont j'avais beaucoup de mal à me défaire. Cela m'avait valu le respect de mes hommes et une certaine sauvegarde vitale qui faisait qu'aujourd'hui encore, je me tenais debout. Et seuls les dieux savaient pourtant les multiples démons que j'avais dû combattre en ces lieux terrestres.

J'observai d'un mauvais œil mon compère qui, d'un regard franc et particulièrement glacial, dévisageait son vis-à-vis dont les cuisses étaient désormais recouvertes d'une épée annonciatrice de menaces muettes. Mais mon attention fut rapidement déjouée, remerciant d'un signe de tête les servants de la dame, les lâchant ensuite des yeux afin d'éviter de perdre ne fusse qu'une miette des moindres gestes de la chef de clan et de son acolyte. Je me demandai un instant lequel des deux serait le premier à mordre, entre nos deux ombres, bras droits, ou conseillers, à en croire la description que Lady MacKenzie avait donné de cet homme, s'ils en avaient l'occasion et j'eus du mal à départager mes prognostiques. Brynjolf restait un homme de sang-froid mais en cette situation plutôt particulière, je le sentais tendu comme un arc bandé sous une grande tension, prêt à tirer, à faire siffler sa flèche pour qu'elle vienne se planter en plein dans le cœur de son adversaire. Mais il 'y aurait pas d'effusion de sang ce soir. Je l'avais décidé et nous nous y tiendrons, sauf si cela se montrait nécessaire à cause du camp du Nord nous faisant fasse. Je fus ensuite soudainement heurté par les paroles de la femme se trouvant en face de moi, redressant mon échine de tout son haut, le menton légèrement relevé, plongé dans une écoute profonde. Perdu? C'était une légère plaisanterie, pensai-je, les paroles qui suivirent me confirmant que son intention n'était pas celle de me blâmer. Mes pupilles cerclées d'un bleu ciel virent percer les siennes comme je savais si bien le faire, témoignant pour l'homme que j'étais devenu au fil de ces dernières années. Elles étaient le miroir de l'âme, disait-on mais j'avais appris depuis longtemps à les sceller d'une telle façon que peu de gens pouvaient prétendre savoir ce qui se tramait en mon esprit et en mon cœur. « Oh, je crains que notre adversité ne remontre à bien plus loin que cela... » Commençai-je, doucement mais d'un ton sans équivoque et déterminé. « Jusqu'à preuve du contraire, nous avons toujours été ennemis. » Bien qu'à vrai dire, je ne me souvienne pas avoir déjà combattu contre ses bannières. Mais j'avais pris soin de ne mettre en mon ton rien d'alarmant, de menaçant ou même d'inquiétant afin d'éviter de tordre d'avantage les nerfs du garde du corps attitré. « Ceci dit... » Je laissai un instant ma phrase en suspend, les lèvres légèrement entrouvertes, cherchant vainement quels mots seraient les plus appropriés, me rendant alors compte que j'étais entrain de me montrer le plus éloquent possible, moi Baldwin Menzies, barbare des terres de l'est. J'étais donc un chef respectable, ou du moins, ce qui pouvait s'en rapprocher le plus. J'humectai alors mes lèvres, cessant de scruter d'un air pensif mes deux vis-à-vis avant de continuer, adressant un petit regard en coin à la dame, espérant alors que ma curiosité cesse enfin de me piquer si violemment l'esprit et qu'elle serait rassasiée au terme de cet échange. « J'ai entendu par delà ces terres enneigées et ensanglantées que le banquet de notre reine fut le plus grand désastre du siècle. Certains m'ont soufflé que c'était un dragon, d'autres un loup, qui, de toute sa cruauté, avait rageusement ravagé l'entièreté du château, invités y compris. La plus part criait au scandale, accusant DunBroch d'une odieuse machination. » Je me coupai un instant, laissant un court silence entre mes dires, scrutant la réaction de la femme, fronçant subtilement les sourcils. « Ayant d'autres préoccupations d'une plus haute importance, je n'ai eu l'occasion d'observer cela de mes yeux mais j'ai déjà ouïe-dire qu'il en découlait de nombreuses conséquences. » Bien que j'en doute tout de même fortement, je m'étais dit que lady MacKenzie avait dû remarquer mon absence à ce banquet, ou tout du moins, l'entendre d'une autre bouche, une fois de plus offusquée par l'impie à la crinière d'or et aux yeux célestes. A moins que cet être fut ravi de ne pas voir ma silhouette se dessiner parmi les invités - ou encore, fut-il déçu de ne pas voir mon corps joncher le sol apparemment ensanglanté du château DunBroch. Mais en tant que clan vassal de ces derniers, les MacKenzie avaient assurément dû se présenter, quoiqu'en pense leur chef de clan. J'ignorais son avis sur la question alors qu'elle pouvait deviner les prémices de mes idées ; il était clairement indiqué dans mes propos que je ne portais pas la reine en mon cœur. Mais sans doute était-ce logique ; mon allégeance appartenait aux Dingwall. Ah, quelle odieuse plaisanterie, même moi, je ne l'appréciais pas. Je ne pouvais évaluer si les rumeurs au sujet de mon manque cruel de loyauté envers le suzerain de l'est avaient traversé si profondément les terres mais cela ne m'aurait pas étonné ; les nouvelles vont vites, terriblement vites.
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MessageSujet: Re: The wolves will come again ϟ BALDWIN & BRYNHILD   Mar 11 Juin - 9:08


❝ The wolves will come again ❞
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L'attitude d'Alistair transpirait la nervosité. Son visage était fermé, ses yeux rivés sur les intrus. Son épée était négligemment posée sur ses cuisses, mais je le savais prêt à l'empoignée en moins d'une seconde s'il le fallait. Je n'avais jamais vu un meilleur combattant que lui, et sans doute n'était-ce pas demain la veille. Toutefois, la méfiance était de mise. Nous n'étions pas sur un champ de bataille, les règles n'étaient pas les mêmes. Pas une seule fois je n'avais vu l'horreur personnifiée par deux armées se fracassant l'une contre l'autre, mais il me l'avait contée maintes et maintes fois. Je m'étais toujours promis que si je devais conduire mes hommes à la guerre, je prendrais le soin de les mener à la bataille en personne, peu importe que je sache manier l'épée ou non. J'avais bien peu d'estime pour ces seigneurs qui envoyaient leurs troupes à la mort et ne prenaient pas la peine de lever le séant de leur fauteuil. L'art de la guerre n'était pas l'apanage des hommes, non... Il m'arrivait souvent de regretter de ne pas avoir été élevée comme ma mère, qui elle savait manier les armes aussi bien qu'un homme. Mon paternel avait toujours refusé, trouvant cette coutume un poil trop barbare pour l'Écosse. Ah ! Je l'avais maudit bien souvent pour cela. J'aurais souhaité que l'on m'arme autrement qu'avec de jolies parures et un sourire charmant. Mère avait toujours été une femme forte et fière, qui refusait qu'on lui impose les lois et les traditions de l'Écosse. Elle avait emporté avec elle sur cette terre maudite et ne les avait jamais reniés. Elle m'avait enseigné les croyances que l'on disait païennes et finalement, j'avais embrassé les dieux Vikings dès mon plus jeune âge. Il me semblait que Père avait bien tenté de m'en défaire en faveur de ce Dieu qu'il louait, mais avait fini par abandonner. À la fois parce qu'il ne servait à rien d'essayer, et parce que Mère se serrait battue bec et ongles pour l'en empêcher. C'était une femme incroyable, ma mère. J'aurais voulu lui ressembler dès mon plus jeune âge, mais cela n'avait pas été le cas. Elle n'avait pas eu besoin d'être brisée pour devenir quelqu'un de combattif. Cela avait été le cas pour moi, et d'une certaine façon j'en avais honte, bien qu'il m'arrive de regretter l'insouciance de mes premières années, avant qu'elle ne soit balayée par une cruauté toute masculine. Accorder ma confiance à un homme relevait à présent du miracle, sinon de la volonté divine. Alistair était le seul que je suivrais les yeux bandés. Le seul ayant toujours été là pour moi, contre vents et marées. Le seul qui ne m'avait jamais fait défaut. Je ne lui avais jamais reproché la mort de mon fils. Il avait fait de son mieux pour le protéger, c'était mon époux qui ne l'avait pas laissé faire. Maudit soit cet homme, pour l'éternité ! De tout mon cœur, je souhaitais qu'il subisse mille et un tourments, que ce soit dans l'enfer des Chrétiens ou celui des Vikings. Il est des hommes qu'aucuns dieux ne peuvent pardonner.

Je soupirai tout bas, chassant cet océan de pensées au loin. Mes yeux firent l'aller-retour entre Alistair et ce qui semblait être le propre homme de main de Lord Menzies. Je ne pus m'empêcher de sourire : tous les deux semblaient engagés dans une compétition consistant à se dévisager l'un l'autre, le perdant serait le premier baissant le regard. Je posai une main sur celle d'Alistair et la pressai doucement, à la fois pour le rassurer et lui demander de se détendre; nous n'étions pas là pour nous battre, se montrer agressif n'était absolument pas nécessaire. Toutefois, je ne rompis moi-même pas le contact visuel avec mon interlocuteur. Étant la seule femme présente, il me fallait maintenir un certain contrôle sur la situation pour ne pas laisser la seule présence de ces hommes m'écraser. Je n'étais plus de celles que l'on ignorait, j'étais de celles que l'on écoutait et que l'on respectait. « Ennemis depuis toujours, vraiment ? Dans mes souvenirs, seuls les DunBroch et les Dingwall sont véritablement ennemis. Nous ne nous sommes personnellement jamais rencontrés, il ne me semble pas que nos pères se soient rencontrés. Quels griefs pourrais-je bien avoir contre vous ? Tout ceci est parfaitement ridicule, vous ne trouvez pas ? Devrions nous nous massacrer au nom de nos Lairds ? Allons, ne soyons pas ridicules. » Je crus voir un sourire étirer les lèvres d'Alistair alors que je tendais le bras pour me saisir d'un verre de vin, que je portai à mes lèvres nonchalamment. « Je vous en prie, détendez vous et dites à votre ami d'en faire de même. Je jure sur mon honneur, mon nom et mes dieux que vos vies ne sont pas en danger sous mon toit, bien que celui ci ne soit fait que de toile. C'est pécher que d'attenter à la vie de ceux que vous placez symboliquement sous votre protection, quel que soit le dieu que vous choisissez. » Je n'avais nullement l'intention de voir le sang couler cette nuit. Et puis, je n'oubliais pas la présence de ma fille à quelques mètres seulement, dans la tente voisine. « Je vous en prie mon ami, rangez votre épée, vous n'en aurez pas besoin ce soir. N'est-ce pas ? » fis-je en m'adressant tour à tour à Alistair, puis à Lord Menzies. Alistair sembla considérer ma demande un instant, puis avec un soupir, remit son épée au fourreau. Lui et moi savions que ce n'était pas la seule arme qu'il possédait, et si les autres étaient cachées, il serait tout aussi rapide à les saisir.

La tension restait palpable cependant, il faudrait certainement plus que quelques mots et un geste de bonne foi pour qu'elle redescende et, pourquoi pas, disparaisse complètement. Je jetai un regard de travers à l'homme qui accompagnait Lord Menzies, et un instant, je me demandai s'il ne craignait pas que je ne cherche à les empoisonner ? Ah, s'il savait... L'air de rien, et sans un mot, j'échangeai le verre de Lord Menzies avec le mien et le sien avec celui d'Alistair, qui leva les yeux au ciel sans tenter une seule seconde de cacher son agacement. J'eus un petit sourire, qui s'effaça cependant bien vite lorsque Lord Menzies évoqua le prétendu banquet de réconciliation de la reine. Un désastre ? C'était là un euphémisme, on parlerait de ce banquet et de ses conséquences dramatiques pour le pays pendant des siècles ! « Ce n'était ni un loup, ni un dragon. Croyez le ou non, mais il s'agissait bien là de l'ours terrible des légendes écossaises. » Je ne disais pas de nos légendes. Je me détachais toujours soigneusement de l'Écosse et de tout ce qui lui était propre. J'avais beau y être née, j'avais beau posséder autant de sang écossais que de sang viking, je ne la considérais pas comme ma patrie. « Nous l'avons vu de suffisamment près pour pouvoir vous l'assurer. Rien de tel qu'un monstre pour vous aider à distinguer les héros des lâches. Ces derniers sont bien plus nombreux que je ne l'aurais cru ! J'ai vu des hommes abandonner femme et enfants sans un regard en arrière, pour avoir une chance d'échapper à la bête... » Je soupirai. Pitoyable. « Nombreux sont ceux qui croient la reine responsable. Je ne suis pas de ceux là. Si elle avait pu contrôler la bête, ne croyez vous pas que la tête du Laird Macintosh serait exposée dans sa cour à l'heure actuelle ? Aodhan Macintosh est pourtant en parfaite santé. Il en va de même pour Raghnall Dingwall et Gabran MacGuffin. » Ah, quel dommage que le Laird MacGuffin n'ait pas des envies de grandeur... Il était à mes yeux bien plus responsable que les deux autres mais hélas, son allégeance allait à la reine, à la paix, à... la prospérité du royaume ? Quel gâchis, mais quel gâchis... Tout naturellement je m'étais tournée vers le Macintosh, qui à défaut d'être mesuré et réfléchi, détestait la reine tout autant que moi. Nous avions convenu d'une alliance secrète pour déposséder la reine de son trône. « Voilà la guerre repartie de plus belle. Dingwall et Macintosh hurlent au complot et à la guerre, MacGuffin souhaite faire la paix, tout comme notre souveraine... Quoi qu'il en soit, nous voilà tous repartis pour un beau bain de sang. » Je soupirai, secouai doucement la tête. « Si cela ne tenait qu'à moi, j'enfermerais ces quatre là dans une pièce et me contenterai d'accepter le survivant comme mon souverain. Cela épargnerait bien des vies. Après nous, pourquoi devrions nous nous entretuer pour une affaire qui ne regarde qu'eux ? »

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MessageSujet: Re: The wolves will come again ϟ BALDWIN & BRYNHILD   Mar 18 Juin - 19:06



« The wolves will come again »
Brynhild & Baldwin



J'aurais préféré éviter cette rencontre, tout comme Brynjolf, tout comme l'entièreté de mon clan prêt à croiser le fer. Quand mes pensées se tournaient vers mes hommes, mon cœur ne pouvait s'empêcher de battre fièrement, avec chaleur et conviction ; il était comblé. Mon peuple était sans doute issu d'un mélange plutôt particulier, venu des terres normandes et s'étant installé depuis nombre d'années sur les contrés écossaises. Ces hommes et ses femmes venus coloniser un tronçon des Eastern Highlands avaient réussi avec brio leur quête de nouveaux horizons tout en préservant leurs propres traditions et mœurs, en adaptant seulement quelques détails afin de mieux s'intégrer. Nous n'étions comme personne ; uniques parmi tout ces écossais, nous étions, pour résumer, de lointains vikings vêtus de kilts. Sélectionnant chaque attrait le mieux adapté à nos besoins dans chacune de nos origines, nous avions finalement réussi à trouver un équilibre convenable et satisfaisant ; celui des Menzies. Aujourd'hui, je porte dignement leur nom, ou du moins, je le tente du mieux que je puisse le faire et je regrette encore d'avoir eu un jour à le renier. Cependant, c'était bien devant les MacKenzie que je me trouvais en cette froide soirée enneigée. Il était curieux comme l'hiver avait toujours été présage de mort et qu'en ces temps, la guerre reprenne de plus belle. C'était comme si les dieux l'avaient prévu, comme s'ils avaient décidé d'accorder notre destin avec celui du temps. Aujourd'hui, les flocons tombaient, demain, ce serait le tour des hommes. Et des femmes? Est-ce que lady MacKenzie avait seulement sa place à la tête d'un clan? Si elle s'y trouvait c'est qu'il avait de bonnes raisons à cela - peu d'hommes l'auraient laissé dans cette position dans le cas contraire. Le prénom qu'elle portait lui avait très certainement insufflé une certaine force, ne fusse qu'une miette des pouvoirs dont la Reine des Valkyries jouissait. Je ne connaissais que peu de choses sur la dame me faisant face mais sa simple présence dégageait une aura qui me murmurait de m'en méfier ; il y avait quelque chose chez cette femme de redoutable. Un homme m'avait un jour déclaré, un peu dépité, « Ce qui fait la faiblesse des hommes, fait la force des femmes. » Et sans doute, d'une certaine manière, n'avait-il pas tort. Certes, à mes yeux, la gente féminine n'était pas le signe absolu de la vigueur et son opposé masculin se devait de la protéger mais... certains cas de figure m'avaient appris que bon nombre de ces demoiselles avaient plus d'une leçon à nous enseigner. Les mâles réagissent à l'instant, bandant leurs muscles et rugissant leurs mots, tandis que le sexe féminin, le sexe faible, se doit d'être plus délicat, voir vicieux. Elles sont dans l'ombre de chaque homme, agissant dans leur jardin secret de roses aux piquants parfois plus acérés qu'il n'y paraît. Autant le prendre en compte que de se laisser surprendre. Etant donné la façon dont la chef de clan soutenait mon regard céleste, je perdis rapidement toute naïveté en ce qui concernait ses capacités ; à défaut d'être la Reine des Valkyries, elle devait être celle du rosier féminin. 

Mais nos visions des choses différaient, à n'en pas douter. Elle était une femme, j'étais un homme. Ah, pire, j'étais un Menzies! Savez-vous seulement ce que cela signifie? Tout ce qui n'est pas un allié reste un ennemi. Mes expériences personnelles m'avaient également enseigné que les alliés étaient parfois les auteurs des plus terribles trahisons. Parfois je me craignais moi-même ; si la folie avait atteint l'esprit autrefois respectable de mon père, pourquoi pas le mien? Je n'étais pas à l'abris d'un tel maux, si lui ne l'avait été. Car au-delà de toute l'amertume couvrant ses actes, je savais que Sven Menzies avait été un des meilleurs chefs de clan dont un homme puisse rêver. Vaillant, il menait ses hommes d'une poigne de fer mais restait d'une justesse difficilement imitable. Alors malgré l'irréparable horreur dont il avait le principal acteur, je tentais vainement de le ressembler, ou du moins, de m'inspirer de l'être qu'il avait un jour été. J'imaginais clairement ce qu'il aurait rétorqué à mon interlocutrice ; la guerre, ce n'est pas une histoire écrite par les femmes! Néanmoins, il aurait longuement argumenté ses propos, capable de convaincre un homme qu'il était en vérité un bœuf, tellement sa force de persuasion était développée. Cette même capacité qui m'avait un jour promis à une mort certaine. Mais je me rassurai moi-même tandis que je m'apprêtai à répondre aux paroles de la dame. « Eh bien, nous n'avons jamais été alliés non plus. » Commençai-je, plutôt froidement, je l'avoue. « Et tout être que je ne considère pas comme tel se doit faire ses preuves afin de me convaincre qu'il n'est pas le visage de l'ennemi. » Je me stoppai un instant, plongeant un peu plus intensément mon regard bleu dans celui de la femme me faisant face. « Je ne me bats pour ces lairds mais pour mon clan. » Je m'étais inconsciemment redressé, bombant légèrement le torse, relevant fièrement le menton ; je n'avais foi en personne d'autres qu'en les miens. Je n'ignorais pas que le jour où je devrais convenir d'une décision viendrait bientôt, celui où je serais forcé de me ranger chez un laird, avec toutes les conséquences qui en découleraient. Dingwall l'incapable, MacIntosh l'écrasant, MacGuffin le sage qui semblait trop l'être, DunBroch la mise à prix... Je n'avais que l'embarras du choix! En écoutant la suite des paroles de MacKenzie je soupirai discrètement ; n'était-ce pas son compagnon qui avait dégainé sa lame le premier? Je connaissais Brynjolf facilement nerveux et prêt à mordre mais on ne pouvait pas réellement le blâmer. Je vins tout de même déposer une main sur son épaule, scrutant son visage qui me questionnait de mille façon avant de me retourner vers notre hôte. « Mais puisque vos promesses me semblent authentiques, je vous donne à mon tour ma parole et vous certifie que cette soirée et la nuit à venir seront placées sous le signe de la paix, si lointaine puisse-t-elle paraître. » Je sentis les pupilles de mon conseiller se poser doucement sur mon être tandis que je baissai humblement la tête en direction de la dame, signe de ma bonne foi et de la véracité de mes paroles. Sans doute était-il impressionné ; il m'avait connu bien plus fougueux et arrogant et remarquait sans difficulté les efforts que je fournissais à l'instant. J'aperçus du coin de l’œil que quelques uns de ses traits s'étaient détendus ; il s'agissait de ceux qui se souciaient de mon attitude, ils comptaient désormais quelqu'un de moins à surveiller. Cependant, je remarquai qu'il se crispa à nouveau en remarquant que mon visage arborait un rictus amusé tandis que j'observais lady MacKenzie échanger nos verres respectifs ; quelle délicate attention - que lord Lodbrok sembla prendre comme une provocation à en croire son froncement de sourcils très certainement destiné à son vis-à-vis tout aussi agacé mais bien plus démonstratif.

Soudainement, je parus à coup sur bien loin de tous mes précédents soucis. Mon interlocutrice calmait enfin le feu de curiosité brûlant l'entièreté de mon être. Je buvais ses paroles, n'en perdant une seule syllabe, ne prenant même pas l'initiative de m'occuper à autre chose, préférant me rassasier des paroles de la blonde que de nourriture. Balayés furent les efforts pour lesquels j'avais pourtant mis tant d'application, j'étais à l'instant redevenu ce jeune homme à l'esprit un peu trop rêveur, en oubliant même de répondre à la dame. Mor'du! Elle parlait forcément de cet être de légende. Ces paroles avaient éveillé en moi un véritable théâtre où se déroulait les différentes scènes qu'elle m'avait décrite. « Mord'u... » murmurai-je, le regard vide mais continuant de fixer mon interlocutrice. Je fus rapidement tirer de ma torpeur par la voix de mon compagnon, visiblement irrité par mon comportement, sachant désormais que ses espoirs avaient été vains. Parlez-lui de légende et il devient agneau! devait-il penser à l'instant, j'en aurais mis ma main à couper. « Une bonne chose d'avoir évité pareil événement. » avait-il déclaré, de sa voix grave résonnant pour la première fois en cette soirée. Je m'étais contenté d’acquiescer fébrilement, encore trop profondément embourbé dans les profondeurs de mes songes. J'appréciais toutes les légendes, de tous les horizons, de tous les âges. La phrase que m'avait alors un jour prononcé le suzerain des terres australes me revint à l'esprit, stimulant d'avantage la rêvasserie s'emparant de mon être « Une légende est une ligne qui, partie d'une vérité, revient à celle-ci après avoir fait le tour du ciel » Le désastreux banquet confirmait celle-ci. Je secouai doucement la tête en m'efforçant de revenir sur cette Terre pleine de vérité et couverte d'une nappe rougeoyante, posant alors à nouveau mes pupilles dans celle de la lady. Sans doute avais-je laissé un certain silence s'installer, que je finis par briser en affichant une mine quelque peu contrariée. « Je ne vous rejoins pas à ce propos. » Les laisser se battre tous les quatre? Si toutes les guerres se réglaient de cette manière et bien... elles n'existeraient pas. « Mes hommes seraient bien chagrinés par cette perspective. » commençai-je en exerçant une petite moue indiquant subtilement à mes congénères que la légèreté de mes paroles était à prendre avec tout l'humour que pouvait en permettre la situation. « La guerre est une affaire bien trop complexe pour qu'elle soit réglée de la sorte. Quand bien même aurions-nous un nouveau souverain, rien ne nous indique que la tranquillité rejoindrait nos foyers. » C'était même plutôt une certitude. « Personnellement, je pense que si les conflits se règlent à l'aide d'armée, c'est que toute une symbolique doit être présente. » Je songeai un instant, désireux de choisir mes mots avec précaution. « Disons que... la question de la souveraineté n'est qu'une excuse à un ensemble de tensions afin que ces dernières puissent éclater librement au grand jour. » Je réfléchis un instant à mes propres dires, plissant subtilement les paupières. « Ce n'est pas un roi ou même une reine que mes hommes réclament ; ils sont déterminés à montrer la force de leurs rangs, la rage de leur cœur et l'amour de leur patrie. Ce ne sont pas ces gouverneurs qui dirigent ce pays mais son peuple. » C'était un fait qui était un jour venu s'insinuer dans mon esprit tout à fait naturellement ; sans personne derrière lui, un chef n'était rien. Imaginons qu'un jour, mes guerriers me déclarent qu'ils décident tous de ranger les armes. Que serais-je censé faire? Tous les condamner à mort pour m'avoir manqué de respect et désobéi? Eh bien non, je devrais prendre la peine de les écouter, de négocier avec eux, de les comprendre et surtout de répondre à leurs besoins. Or, leur souhait majeur était d'ordre guerrier ; à leurs yeux, la guerre était nécessaire.  « La liberté ne sera jamais nôtre si nous ne battons pas pour elle.  Alors, autant la guerre puisse-t-elle sembler injuste et mauvaise, elle reste nécessaire à mes yeux bien que nous nous trompons peut-être de combat... » Ma propre conviction avait elle-même tendance à flancher ; mais pourquoi continuions-nous seulement à nous battre? Je n'avais pas de laird dont je pouvais scander le nom, pas de revendication particulière en tête... juste l'amour de mes hommes. Et jusqu'ici, cela m'avait suffi mais, après ces deux années, je ressentais de plus en plus régulièrement le poids de la situation peser sur mes épaules de chef et la détermination que réclamait la guerre, me manquer. Cessant mon discours, je me rendis enfin compte que je n'avais encore rien touché de ce que m'offrait notre hôte et pris alors initiative de boire une gorgée dans le verre où elle avait elle-même précédemment bu. « Votre vin, si empoisonné puisse-t-il être, est délicieux. » déclarai-je alors, en désignant la coupe d'un mouvement de la mâchoire, un mince rictus aux abords taquins venant décorer mes traits. S'il fallait se détendre, autant y mettre un peu de ma griffe que Brynjolf reconnut rapidement, à n'en pas douter, compte tenu du léger soupir qui vint s'échapper de ses lèvres.
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MessageSujet: Re: The wolves will come again ϟ BALDWIN & BRYNHILD   Lun 22 Juil - 13:09


❝ The wolves will come again ❞
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Ah, les hommes ! Toujours à vouloir exhiber leurs armes, toujours à vouloir avoir l'air du plus vigoureux. Même le plus respectable des hommes essaiera d'avoir l'air plus puissant que son voisin. Cette volonté de s'afficher, de s'imposer, c'était typiquement masculin. Nous autres femmes étions bien plus... réservées ? Oh non, il ne s'agissait pas là d'une question de timidité. C'était une stratégie, tout simplement. Les femmes ne révélaient pas leurs armes aux ennemis qui étaient les leurs. Non pas parce que nous aimions jouer de l'effet de surprise, mais parce qu'il semblait évident que moi votre ennemi en sait sur vous, plus vous aurez de facilité à vous en défaire. Et ne mêlez pas l'honneur à cela, cela n'a strictement rien à y voir... On pouvait être tout à fait honorable sans pour autant faire étalage de ses forces et faiblesses. Mais les hommes, ah... Sans doute ne pouvaient-ils pas s'en empêcher. Une fois n'est pas coutume, j'étais encore une fois la seule représentante de mon sexe au milieu d'hommes. Malgré la tension qui régnait sous la tente, j'avais une folle envie de rire. Dieux qu'ils me semblaient idiots, à se foudroyer du regard ! Si mon Alistair et le prénommé Brynjolf ne s'était pas jeté l'un sur l'autre avant la fin de la soirée, ce serait un véritable miracle. Fort heureusement, le compagnon du Lord Menzies semblait bien dressé, suffisamment en tout cas pour ne pas faire de folies. De mon côté, je sentais bien que mon ami n'était guère à l'aise sans son épée en main. Je ne doutais pas qu'il ait compris l'importance de tenir sa lame éloignée, mais il me paraissait évident qu'il aurait préféré garder les doigts serrés autour de sa poignée. La vallée n'était pas un champ de bataille, nul besoin de la souiller de sang cette nuit. Les effusions écarlates viendraient bien assez tôt, il ne fallait pas s'impatientait. Et quoi qu'en dise mon cher interlocuteur, nous n'étions pas ennemis, pas personnellement. Si je ne nous considérais pas plus que lui comme des alliés, pas encore, je n'étais toutefois pas hostile. J'étais... curieuse ? C'était le mot. Curieuse.

Quoi de mieux pour briser la glace que d'évoquer ce maudit banquet organisé par la reine et interrompu par le légendaire Mor'Du ? J'enviais le Lord Menzies qui ne s'y était pas trouvé. Quel temps perdu ! Que de tracas pour si peu... Ou peut-être pas ? Après tout, j'avais ainsi été en mesure de converser brièvement avec Aodhan Macintosh, avec qui j'avais convenu d'une alliance secrète. S'il avait hésité un instant, j'avais rapidement été en mesure de le convaincre que je serais une alliée de poids dans cette guerre. Je possédais l'un des plus grands territoires des Northern Highlands, directement voisin du sien, mes hommes étaient réputés pour leur fidélité et leur férocité. Mais ce qui avait certainement convaincu le Laird Macintosh de m'accorder sa confiance, c'était que je haïssais notre reine au moins autant que lui. Macintosh avait également conclu une alliance avec le Laird Dingwall. Les Menzies n'étaient-ils pas vassaux des Dingwall ? Ainsi, les Menzies et les MacKenzie n'étaient-ils pas alliés par alliance ? Il semblerait que si. Mais cela mon invité l'ignorait, ce qui me donnait envie de sourire. Cependant, il me semblait qu'il valait mieux éviter d'afficher un air réjoui, cela aurait probablement paru suspect... Je ne fus pas surprise de constater qu'il ne rejoignait pas mon avis concernant la guerre des Quatre. Si cela n'avait tenu qu'à moi, ces quatre enfants aurait réglé cette histoire ensemble depuis bien longtemps. Toutefois je n'interrompis pas le Lord Menzies pour intervenir, j'attendis qu'il ait terminé d'exprimer son avis, tout en avalant quelques gorgées de vin. Puis je reposai le verre sur la table, après avoir échangé un regard avec Alistair. « Dites moi, Lord Menzies, vous qui semblez persuadé que le peuple gouverne... Si je décidais de sortir maintenant pour ordonner aux hommes de prendre les armes et qu'un fermier décidait de faire de même, lequel d'entre nous écouteraient-ils ? » C'était une question purement rhétorique, je n'attendais pas de réponse. « Il est vrai que les seigneurs ne sont rien sans le peuple, mais nous nous devons d'agir comme un guide, non comme un parent, pour lui. Je me demande bien quel genre de parent conduirait volontairement son enfant à la mort... » Sur ce, je dus pâlir très légèrement. Je sentis le regard d'Alistair peser sur moi, alors que le souvenir de mon fils, mon cher fils, me revenait. Pour conduire son enfant à la mort il fallait être un monstre, et Éoghan Wallace en avait été un. Il avait conduit son fils à la guerre, et il n'en était revenu que pour mourir dans les bras de sa mère adorée. Mon poing encore sur la table se serra.

« Cette guerre, aussi nécessaire soit-elle à vos yeux, met l'Écosse en péril. Que croyez-vous que nos voisins pensent ? Ils n'ignorent pas la guerre, ils sont au courant de son avancée peut-être mieux que nous-même. Pourquoi donc ? Nous devenons une cible potentielle. Combien de temps avant que nous ne devenions tout simplement une cible facile ? Bien peu de temps j'en ai peur. Il faut mettre fin au conflit avant de nous retrouver avec une invasion sur le dos. Nous n'aurions pas les moyens de la repousser, la faute à ce manque d'unité qui détruit nos contrées. » S'il était évident que je serais plus heureuse sans l'incapable de DunBroch sur le trône, il devenait urgent de rendre à l'Écosse son prestige d'antan. Face à ses voisins et voisines, elle n'était plus grand chose et il me semblait évident que nous étions sur une pente glissante. Un éclat de rire m'échappa à la remarque de Lord Menzies sur le vin. Tandis que son ami soupirait, le mien leva les yeux au ciel de façon tout à fait ostensible. « Messieurs je vous en prie, détendez-vous... » Alistair soupira à son tour, avant d'attraper sa propre coupe de vin. S'il faisait un effort, c'était bien pour me faire plaisir et j'en avais conscience, aussi le remerciai-je d'un sourire. J'attrapai alors un morceau de pain qui se trouvait en face de moi et je le tournai entre mes doigts un instant, avant de lâcher brusquement : « Avez-vous des enfants, Lord Menzies ? »

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MessageSujet: Re: The wolves will come again ϟ BALDWIN & BRYNHILD   Ven 9 Aoû - 7:25



« The wolves will come again »
Brynhild & Baldwin


J'avais beau être plutôt réticent à l'idée d’échanger avec les chefs de clans ennemis, il n'en résultait pas moins que de pareilles rencontres restaient intéressantes. Nos points de vue différaient avant de s'accorder pour finir par se briser violemment ; ils exécutaient une curieuse danse dont ils avaient le secret. Etre laird ne m'avait, pour ainsi dire, jamais attiré. Enfant, quand j'observais notre aîné, Grim, je le voyais constamment sollicité, les sourcils froncés par l'effort régulier qu'on lui demandait de fournir. De tous mes frères, j'étais resté celui qui avait été le plus libre ; peu de personnes se souciaient réellement des actions du dernier rejeton des Menzies ; certes, je n'étais pas mis à l'écart pour autant mais jamais je n'avais pénétré le cercle rapproché de ces hommes que l'on forme pour gouverner. J'avais donc cette impression récurrente de jongler en permanence, avançant sur un fil tendu à plusieurs mètres du sol ; un seul faux pas et je tomberai au sol. Là, je serai dévorer par la horde de loups affamés qui, peu de temps avant, hurlaient après moi. J'étais une proie ; nous l'étions tous, à vrai dire. Il fallait juste tâcher d'avoir des allures de prédateurs afin que les autres s'inclinent devant nous.

J'eus presque envie de bâiller. J'avais cette fâcheuse habitude de me lasser rapidement des conversations auxquelles je ne portais pas grande intérêt ; Brynjolf m'aurait surement sèchement sermonner s'il avait eu vent d'une telle attitude. Les paroles de MacKenzie, question à laquelle je ne répondis que mentalement étant donné qu'elle n'attendait apparemment pas de réponse, m'irritèrent un instant avant de m'apaiser par moi-même, me répétant inlassablement que je devais me montrer aussi irréprochable que possible. Son peuple devait assurément être différent du mien, à la manière de nos façons de penser. Couper court à la conversation, m'enfuir de sa tente et retrouver ces hommes qui devaient mirer leurs ennemis une épée plantée sous la gorge en signe d'invitation, ne serait pas digne du rang auquel l'on m'avait élevé, pourtant c'était mon unique désir à l'instant. Ce n'était pas que le discours de la lady me dérangeait ; juste que tout mon être refusait d'être ici. Echangeant un regard avec mon bras droit dont les pupilles restaient cerclées d'une dureté incroyable, je soupirai discrètement. L'art de la guerre était une priorité chez les Menzies, elle en était une pour mon être, devais-je donc balayer tout cela d'un revers de la main ? Mes guerriers n'avaient pas peur de mourir. Le sang viking qui coulait dans leurs veines leur avait transmis cette rage ; celle qui, sur les champs de bataille, créait toute la différence. Quand nos ennemis entendaient les hurlements de miens, leurs poils ne pouvaient se retenir de se dresser tandis qu'un long frisson parcourait leur dos ; comment tuer quelque chose qui ne craint donc pas son trépas ? Je n'envoyais pas mes hommes à la mort ; ils se lançaient vers elle, la dévisageant, sans même songer à reculer.

Puis, la dame avança un autre problème, un des plus conséquents, auxquels l'Ecosse devait faire face. Je sentis mes muscles se crisper un à un ; combien de fois n'avais-je pas réussi à fermer l'oeil de la nuit, songeant inlassablement à ce qu'il adviendrait de notre pays si nos voisins tâchaient enfin de s'intéresser à nous ? Le regard assombri, je serrai un instant la mâchoire avant de la laisser se détendre afin de répondre aux paroles de mon interlocutrice. « J'aime à croire que l'Ecosse se retournera férocement contre ces envahisseurs, montrant les dents et claquant de la mâchoire dans une unité soudainement nécessaire. Nos pères ont déjà su démontrer que, malgré les conflits intérieurs, une fois que la menace est extérieure, les clans savent s'accorder. » Seulement, je ne pouvais en être sûr. L'idée de voir mon peuple se faire massacrer et soumettre m'insupportait au plus haut point ; sa simple évocation suffisait à me faire hurler, l'affreux spectacle que m'offrait mon imagination me faisant frôler une folie dans laquelle je ne manquerais pas de tomber si un tel scénario se déroulait. Je ne pouvais l'accepter. C'était impossible.

Ressentant soudainement le besoin ultime de relâcher un peu de pression, ce fut sous l'agacement remarquable de mon bras droit que je tentai de détendre un tant soit peu l'atmosphère. Je fus presque heureux, voire satisfait, de la réaction de mon vis-à-vis. Brynjolf, quant à lui, grinçait des dents. Il se mit tout de même à manger par petites bouchées, ne lâchant pour rien au monde le faciès de son voisin de table. Le chevalier était prêt à imploser, je le sentais vibrant d'une colère froide qui ne prendrait pas longtemps à se réchauffer. Fort heureusement, celui-ci avait appris depuis longtemps à se maîtriser et, malgré nos éclats de voix des plus fréquents, je lui faisais confiance pour ne pas faire étalage de sa rage ce soir. J'espérais juste que cet Alistair ne lui donnerait pas une bonne occasion de le faire ; en ce cas, il ne manquerait pas l'occasion de lui sauter à la gorge, je n'en avais que trop bien conscience. Je jugeais excellente l'idée de Brynhild de s'éloigner des sujets fâcheux ; cela réussirait peut-être à apaiser quelques tentions, surtout parmi l'esprit de nos deux fidèles compagnons. Qu'elle me parle d'enfants ne m'étonna point ; après tout, elle était une femme et par extension, elle devait être une mère. C'était en soi, l'une des plus grandes raisons pour laquelle j'admirais le sexe féminin ; elles avaient enfanté le monde. « Un fils. Aslak. » Le jeu des dieux. Son nom s'était imposé à mon être comme une évidence ; je devais simplement être la victime de l'amusement divin. En pensant à ce petit être, j'eus un sourire franc, étirant mes lèvres spontanément et éliminant quelques tensions s'étant nichées dans mes traits. Je me forçai à ne pas me décomposer en repensant à ceux qui auraient pu être sa sœur et son frère, me contentant de souffrir intérieurement de mon plus grand regret. J'avais, naïvement, espéré que mon géniteur ne s'en prenne pas à ma famille. Il avait éliminé ses descendants. L'entièreté de ses descendants. Je ne laissai pourtant rien paraître de ma peine, malgré mon apaisement s'évanouissant soudain, balayé par leur souvenir amer, avant de retourner la question à mon interlocutrice, cherchant vainement de quoi chasser l'ombre ayant alors englober mon esprit.
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