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 Forgiveness is the final form of love ϟ ESRAS

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Western Highlands and islands

▷ MESSAGES : 1277
▷ INSCRIPTION : 05/01/2013
▷ LOCALISATION : Probablement en train de traumatiser un homme de plus quelque part dans les Western Highlands
▷ ÂGE : 24 ans
▷ HUMEUR : Sauvage
« I am a lion-hearted girl »
Woman ? Is that meant to insult me ? I would return the slap,
if I took you for a man.


I want to weep. I want to be comforted. I'm so tired of being strong. I want to be foolish and frightened for once. Just for a small while, that's all. A day. An hour.

MessageSujet: Forgiveness is the final form of love ϟ ESRAS   Dim 14 Juil - 17:22



Assise sur le rebord de ma fenêtre, je regardais la neige tomber doucement. Les flocons recouvraient la cour du château d'un léger manteau blanc, le tout dans un silence parfait. Nombreux étaient ceux qui voyaient l'hiver comme une malédiction, mais ce n'était pas mon cas. D'une façon un peu étrange, j'avais toujours trouvé cette saison apaisante. Je pouvais passer des heures assise à regarder les flocons tomber. Parfois le vent les faisait virevolter dans les airs et je me prenais à envier leur danse aérienne. Ce spectacle m'apaisait. Et il n'existait pas grand chose capable d'apaiser la furie en moi. Et Dieu que cela faisait du bien. Si je n'avais pas honte de la femme que j'étais, je reconnaissais volontiers que ce n'était pas de tout repos. Personne ne pouvait passer sa vie en colère, c'était destructeur. Au cœur de l'hiver, je réalisais peu à peu qu'il fallait que je me tranquillise, que je me radoucisse. Si cette perspective ne m'avait guère enchantée au début, je commençais à comprendre qu'en fin de compte, ce ne serait peut-être pas si terrible que cela. Rien ni personne ne m'obligerait jamais à oublier la femme que j'étais, ni ce que je défendais. Il n'y avait que moi pour décider de ce que je voulais être. Et je voulais changer. Pour mon propre bien être, pour celui de notre famille. Aussi difficile que ce soit à admettre, nous n'étions pas une famille très heureuse. En apparence seulement nous étions comblés. Père et Mère n'avaient aucune idée des démons qui hantaient leur fils. Il n'y avait que moi qui savais, mais j'étais malheureusement impuissante. Je ne pouvais rien faire pour l'aider, et cela me rongeait. Pas plus que je ne pouvais aider Aindreas, ou encore Cailean. J'étais la triste spectatrice de leur déchéance, je ne pouvais que les regarder sombrer. Et cela me rendait folle. Pour ces trois là, je ne pouvais rien, car tous mes baumes n'auraient été d'aucune efficacité sur leurs maux. Pour eux, je ne pouvais rien. En revanche, je savais que je pourrais très certainement apporter un peu de paix d'esprit à mon père. Nous devions absolument cesser de nous déchirer, ce n'était plus supportable. Ni pour nous, ni pour le reste de notre famille. Mère était prise entre le marteau et l'enclume, elle ne savait lequel de nous deux elle devait soutenir. Il était son époux, j'étais sa fille, et elle nous aimait autant l'un que l'autre. C'était à nous de faire des efforts. Mais têtus comme nous étions, nous avions jusque là campé sur nos positions.

Je n'étais pas la fille d'Esras Dunegan pour rien, nous nous ressemblions bien plus que nous n'étions prêts à l'admettre. Aussi fier et têtu l'un que l'autre. Il ne s'agissait pas d'une simple ressemblance physique, quand bien même il était clair au premier coup d'œil que j'étais bien sa fille. J'avais hérité de son caractère, un caractère qui hélas aurait mieux convenu à un homme. De ma mère, je n'avais rien pris. Ni douceur, ni patience, ni quoi que ce soit. J'étais la fille de mon père plus que je n'étais celle de ma mère. Et j'étais fatiguée, non épuisée, de me quereller sans cesse avec mon parent. Si cela n'était plus arrivé depuis de longues semaines, c'était en réalité pour une raison très simple : nous ne nous adressions presque plus la parole. J'avais été effrayée, que dis-je, terrifiée, lorsque j'avais cru Père mort à ce maudit banquet organisé par la reine. Ce jour j'avais réalisé qu'il me serait bien difficile de vivre sans cet homme que je maudissais pourtant plusieurs fois par jour. J'avais pris une drôle de résolution, celle de ne plus lui adresser la parole si c'était pour que nous nous querellions. Or, il semblait que nous ne puissions converser sans que l'épineux sujet de mon mariage ne s'impose à un moment où à un autre. Il n'existait aucun moyen plus certain de me faire hurler que de me parler de fiançailles éventuelles. Je ne pouvais l'écouter m'en parler sans me transformer en vraie furie. Je ne pouvais imaginer rien de pire que le mariage... Et puis j'avais cru perdre mon père, et face à cette mort, l'éventualité d'un mariage ne m'avait plus paru si terrible. Alors, dès notre retour, je m'étais mise à y penser.

Oh, ne croyez pas que du jour au lendemain j'avais pris la décision de devenir une parfaite petite Lady, bonne à marier, à jeter entre les griffes du premier venu. Non, je ne serais jamais ce genre de femme. Le besoin de liberté et d'indépendance était ancré trop profondément en moi pour cela. Je ne supporterais jamais de devoir me plier au bon vouloir d'un homme. Je le savais, il ne servait à rien de mentir. Cependant, j'avais commencé à penser au mariage... autrement. Ce n'était très certainement pas aussi horrible que cela. C'était simplement que je n'avais pas la chance d'avoir autour de moi des personnes très heureuses dans leur mariage. J'avais toujours pensé que mes parents étaient en quelque sorte l'exception qui confirmait la règle. Mais en y réfléchissant bien, ce n'était pas vrai. Il n'était pas rare que je croise des villageois heureux en amour, peut-être même bien plus heureux que les seigneurs dans tous les domaines de la vie. Les mariages n'étaient pas aussi atroces que j'avais voulu m'en persuader. Tous les mariages n'étaient pas mal arrangés, tous les couples n'étaient pas mal assortis... Je me demandais, avec quel genre d'homme pourrais-je bien aller ? Au bras de quel genre d'homme Père rêvait-il de me voir ? Certainement un homme de bonne famille. Pourquoi pas un Lord... Moi, je me moquais bien des titres. Je n'avais jamais laissé un homme m'approcher, car je détestais la façon que la plupart avait de traiter les femmes comme de jolies poupées à trainer partout et à exhiber devant le voisin. J'étais toujours terriblement en colère si un homme me dévisageait et s'imaginait avoir tous les droits sur moi parce que j'étais une femme. Des prétendants, j'en avais fait fuir plus d'un avec mon comportement. J'avais conscience d'être bien différente des autres, mon comportement étonnait et choquait. Déplaire n'avait jamais été mon but. Tout ce que j'avais toujours voulu, c'était être moi-même. En dépit de tout et de tous. En somme, j'avais été parfaitement égoïste. J'avais fait du mal à ma famille, chose que je ne pourrais jamais me pardonner. Cela ne devait pas recommencer, jamais. Il était grand temps que je grandisse, que je change... Le mariage était-il la solution ? Père semblait le penser, alors il me semblait devoir envisager cette même solution. J'aurais des conditions, bien sûr. Je ne me transformerais pas en sainte, je ne dirais pas oui à n'importe quelle union. Je n'avais jamais compris à quel point j'étais chanceuse. Beaucoup de pères ne se souciaient pas de l'avis de leurs filles et les mariaient à qui ils le voulaient. Père ne m'avait jamais menacée avec un mariage forcé, et j'avais toujours considéré cela normal, car j'étais aveugle. Ce qui était naturel pour moi ne l'était en réalité absolument pas. J'avais vingt-quatre ans, et à cet âge là la plupart des jeunes femmes étaient mariées et mères d'une ribambelle d'enfants. À vingt-quatre ans, moi, j'étais encore libre.

Abandonner ma liberté, la monnayer avec un homme n'était pas une chose que je voulais faire à la légère. Que j'y songe seulement relevait du miracle, Père lui-même serait le premier surpris de l'entendre. Je voulais que nous en parlions, enfin sans heurts. J'avais des exigences, mais je supposais, peut-être à tort, qu'il serait tellement heureux de m'entendre enfin consentir à me marier qu'il me les accorderait sans trop rechigner. Du moins je l'espérais de tout mon cœur, car sinon il était fort possible que je fasse marche arrière. Et là, nous serions bons pour la folie l'un comme l'autre... Comment amener la discussion alors que nous ne parlions plus ? Il me semblait que le plus simple était encore d'entamer la conversation avec un autre sujet, un sujet moins délicat. Mais d'abord, il me fallait trouver mon père, et le mettre dans de bonnes dispositions pour une telle conversation. Avec un soupir, je m'étais éloignée de la fenêtre. Pour une fois, et parce que je savais ce que j'allais faire, j'avais consenti à laisser Mère tresser mes cheveux comme elle en avait envie, et je ne lui avais pas demandé de me laisser tranquille lorsqu'elle m'avait suggéré d'enfiler une robe. Mon consentement l'avait étonnée, mais elle n'avait pas fait le moindre commentaire, certainement trop heureuse de voir sa fille ressembler à autre chose qu'une sauvageonne. Je me sentais bien étrange, ainsi vêtue d'une robe et les cheveux disciplinés. Je me sentais... Eh bien, comme étrangère à moi-même. Il fallait que je me retienne de déchirer mes jupes et de défaire mes cheveux. Un manteau en fourrure jeté sur les épaules, je m'étais lancée à la recherche de mon père. C'est sans grande surprise que je le trouvais dans la salle d'armes, en pleine discussion avec un autre chevalier du domaine. J'attendis là une minute, mais ils ne me remarquèrent pas. Je levai les yeux au ciel avant de me racler la gorge doucement. Tous deux tournèrent la tête vers moi, et je vis le second homme lancer un regard à Père avant de me saluer. Je le saluai à mon tour poliment, ce qui n'était pas courant. Généralement, j'ignorais les hommes. Je pensais que si je niais leur existence suffisamment longtemps, il finirait par disparaître. Cela n'était jamais arrivé. L'homme me passa devant et je remarquai qu'il était jeune, sans doute guère plus âgé que moi. Je fis mine de ne pas remarquer qu'il m'avait dévisagée avant de me rapprocher de Père. Je n'étais pas très à l'aise. La dernière fois que je m'étais retrouvée seule avec lui, cela s'était terminé atrocement mal. Je choisis de ne pas m'en souvenir. Je saluai Père d'un signe de tête. Mes doigts étaient entortillés les uns aux autres nerveusement. « Je souhaitais me rendre au village, le château ne devrait plus tarder à manquer d'herbes médicinales... Je ne pense pas que cela soit très prudent d'y aller seule, accepteriez-vous de m'y accompagner ? Eremon et Aindreas semblent s'être volatilisés... » Mensonge, je n'avais même pas songé à les chercher. Je n'avais pas non plus besoin de plantes. J'avais besoin de mon père. Besoin de parler avec mon père.

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❝ You saw her beauty but not the iron underneath ❞
© pepperland

Je suis hystérique mais je me soigne:
 
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Remain in what you are, the center of your life. You made it to this point no one can tell you how. You crawled and bled all the way but you were the only one. That was tearing your soul apart, you finally find yourself
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MessageSujet: Re: Forgiveness is the final form of love ϟ ESRAS   Sam 20 Juil - 10:21

► L I S T E N


eireen & esras

C'était presque comme une danse, des pas devenus intuitifs, comme un remarquable ballet mortel où un seul faux pas serait fatidique. Là était l'art de la guerre ; la grâce d'une dangerosité qui nous forçait à être irréprochable. Ainsi, il était tout à fait normal que les entraînements s'enchaînent et se suivent, afin qu'aucune fausse note ne vienne écorcher notre peau, qu'aucun battement erroné ne vienne arracher notre vie. Inlassablement, nous répétions les mêmes gestes, jusqu'à frôler une perfection qui nous éviterait d'en faire de même avec la mort elle-même ; elle était là, observant de ses yeux noirs le spectacle que lui offraient les champs de bataille, prête à dévorer les âmes des danseurs les moins inexpérimentés et des plus malchanceux. En ce jour, le seul danger se trouvant en face de moi n'était pas plus nocif qu'un louveteau ; son épée émoussée aurait pu me frapper à maintes reprises sans même m'ôter une seule once de vie. Encore aurait-il fallu qu'il réussisse à me toucher. Ce fut après quelques instants de lutte désordonnée et maladroite que je demandai au jeune homme de se stopper. « Pourriez-vous m'expliquer ce que vous êtes entrain de tenter ? » Euan me mira un instant, à la fois déconcerté et déstabilisé avant de baisser le regard, tout en fronçant ses sourcils blonds tirant vers le roux. Il sembla vouloir rétorquer quelques choses, séparant ses lippes avant de rebrousser chemin et de laisser la pièce plongée dans ce silence qui lui paraissait pesant. Il soupira, haussant les épaules avant de m'adresser un petit sourire en coin et de finalement prendre la parole. « Ma foi, je n'ai jamais eu à me confronter à un tel adversaire, mylord. Peu d'ennemis peuvent se vanter de vous égaler, votre présence parmi nous ne peut que me le confirmer. » Redressant inconsciemment l'échine, j'adressai un signe de tête en guise de reconnaissance au chevalier me faisant face, honoré par sa déclaration. Ainsi, n'étais-je pas si rouillé que je le craignais parfois, une fois que le temps me rappelait qu'il était présent et qu'il avait déjà eu l'occasion de laisser sa trace sur mon corps. Il était une des choses que je craignais secrètement, quand mon esprit s'accordait un instant de répit et qu'il se permettait de songer un moment. En ce jour, je m'efforçai de chasser ces quelques pensées, préférant me concentrer sur la scène se déroulant sous mes yeux ; adieu passé, adieu futur, laissez donc ce présent vivre comme il se doit. Ayant remarqué chez mon rival d'un combat quelques signes de faiblesse dus à une fatigue que je devinais facilement, je lui proposai d'en rester là pour aujourd'hui. « A vrai dire, vous vous battez d'une manière tout à fait correcte. Vous devriez survivre encore quelques temps, du moins, je vous le souhaite. » Mon interlocuteur m'observa alors d'un œil brillant d'une certaine satisfaction mélangée à un regret dont je connaissais hélas la source. Euan goutait depuis peu la peine que pouvait procurer la perte d'un être cher, terriblement cher ; celle de son propre père, gravement touché le jour du funeste banquet royal. D'après ses blessures, sans doute lord Armstrong était-il mort sur le coup. Même si ses techniques de combat avaient encore de quoi se perfectionner, je nourrissais pour ce jeune homme un profond respect ; là où je l'avais vu s'écrouler, se noyer dans un océan de chagrin, il avait relevé la tête, s'étant assurément promis à lui-même de ne plus jamais baisser le regard. La souffrance a cette faculté incroyable de vous procurer une force que vous n'auriez jamais soupçonnée habiter votre être ; elle a le don d'éveiller les héros et les braves.

Décidant dans un commun accord d'en rester là, nous rangeâmes tout deux nos armes d'entraînements avant que mon compagnon ne reprenne la parole. « Vous qui êtes un des plus proches hommes du laird MacIntosh. » commença-t-il avant que je ne lève les yeux vers son être, l'incitant à continuer. « Vous ne devriez pas être sans savoir que les rumeurs vont bon train en ce qui concerne le mariage de sa sœur cadette, n'est-ce pas ? » Je lorgnai un instant mon interlocuteur, avant de soupirer discrètement ; s'il y avait bien un sujet auquel je ne pensais pas à l'instant, c'était aux alliances matrimoniales, quelles qu’elles furent. Cependant, ce garçon avait entièrement raison ; Rowena MacIntosh était bien au-delà de l'âge de se marier et l'occasion était excellente pour mieux se lier aux Eastern Highlands, avec qui, finalement, nous n'avions pas encore eu beaucoup d'infinités si ce n'était que grâce à Connor MacDonald et sa jeune épousée Dingwall. Les vassaux des terres de l'est restaient frileux de contact et tout à fait prudents ; habitués à un dirigeant dont la réputation d'incapable les tarabustaient violemment, voilà qu'on agitait devant eux la bannière d'un homme dont le tyrannie dormante menaçait de s'éveiller à tout instant et de jeter sur eux une effroyable colère bouillante. Certains semblaient coincés, pris dans un vicieux étaux dont ils devaient déterminé le côté le moins douloureux ; chaque horizon semblait empli de souffrance, mais l'un d'eux pourrait peut-être se révéler plus doux. Conscient que Aodhan ne vendrait pas sa propre sœur à n'importe quoi, je savais pourtant qu'il devrait prendre une décision pour elle, afin de préserver cette fébrile alliance avec les Eastern Highlands. Ainsi, le peuple de ses dernières commencerait très certainement par sortir le museau de leurs chaumières, reniflant prudemment l'air de changement s'immisçant au dehors, apercevant une lueur d'espoir. Encore fallait-il qu'un laird soit assez courageux que pour supporter le caractère bien trempé de la jeune MacIntosh ; derrière son apparence de lady, la demoiselle était à elle seule un ouragan dont il était difficile de sortir indemne. Sans doute était-ce la raison pour laquelle celle-ci s'entendait d'une telle manière avec ma propre fille.  « En effet, il semble que son mariage soit l'occasion de nous rapprocher des Eastern Highlands. L'alliance fragile qui nous unit a besoin d'un alliage puissant et prometteur, si nous voulons qu'elle survive. » Euan acquiesça alors, répondant muettement à ma réplique, semblant plongé dans une profonde réflexion dont je n'osai le tirer. « Et votre fille ? » Surpris tant par sa soudaine prise de parole que sur les mots qu'il prononça, je dévisageai mon interlocuteur qui m'observa avec un regard innocent, semblant soudain se rendre compte qu'il franchissait les limites d'un terrain sur pour en découvrir un beaucoup plus scabreux. Il passa alors distraitement une main dans sa crinière aux reflets roux, déglutissant avant d'exprimer le fond de sa pensée. « Je veux dire... Eireen est une demoiselle remarquable tant par sa beauté que par son esprit. Si elle le désirait, elle comblerait la vie d'un homme. » Si je connaissais Euan plus délicat que la majorité des hommes de mon entourage, je perçus en sa voix une certaine fragilité dont la sensibilité m'étonna. Il était rare qu'on me parle ainsi de ma fille ; sauvageonne, irrespectueuse, tempête, ce champ lexicale était bien plus courant pour la décrire. Le chevalier que j'avais devant moi, triturant ses mains et trouvant soudainement grand intérêt à scruter le plafond m'arracha un mince sourire en coin avant que je ne secoue légèrement la tête. Ah, s'il savait le bougre, quelle aurait été la réaction de cette furie qui me servait de fille. Sans doute se serait-elle sentie insultée par tant de bonnes pensées, accusant l'énergumène des pires desseins avant de rougir sa joue d'une violente gifle imméritée et de déguerpir en fulminant d'une rage injustifiée, abandonnant le courtisan dans une incompréhension totale. Je ne pus réprime un soupir en y songeant, me rappelant alors dans quel piège nous nous étions fourrés et, autant têtus l'un que l'autre, duquel nous refusions de tenter de sortir. A tel point qu'il me semblait qu'Eireen me fuyait, avançant mille excuses pour éviter de m'adresser plus que quelques mots. Dieu, que je m'en voulais. Cette question qui semblait tant l'effrayer ne me paraissait pourtant pas si terrible que cela ; si encore, l'avais-je menacé d'une quelconque union déplaisante. Mais jamais je n'y avais pensé, pas un seul instant. Eireen m'était trop précieuse pour que je la blesse, d'une quelconque façon que ce soit. Elle ne voyait les hommes qu'en la personne d'horribles monstres prêts à les dévorer toute crue et ce, avec un sadisme inhumain. Savait-elle seulement qu'il y avait, en ce bas monde, quelques gentilshommes dont le seul désir était de rendre heureuses leur compagne pour qui ils nourrissaient une profonde admiration ? N'étions-nous pas, sa mère et moi, un exemple plaisant à ses yeux ? « C'est une question qui demande beaucoup de réflexion et seul le temps peut nous en offrir assez. » J'avais conscience que ma réponse était évasive et sans grand intérêt mais je n'éprouvais aucunement le désir de m'éparpiller sur le sujet. Alors, autant le contourner, savamment, comme semblait le faire depuis quelques temps la principale intéressée de cette conversation. « Vous ne semblez pas bien plus fiancé qu'elle. » A ces mots, le jeune homme vint déposer son regard émeraude sur ma personne avant d'hausser lentement les épaules. « Sans doute ne suis-je pas assez pressé ou trop rêveur. Ma propre sœur me rappelle régulièrement que la guerre n'a jamais laissé l'occasion à l'amour de s'épanouir et j'ai bien peur qu'elle n'ait que trop raison. » Il vint distraitement frictionner sa joue couverte d'une barbe naissante du dos de sa main avant de reprendre, d'un ton résultant d'une certaine peine l'habitant, laissant paraître un certain malaise que je n'eus pas de mal à saisir, ni même à comprendre. « A vrai dire, ce ne sont pas les soucis qui manquent en ces temps hivernaux, je crois que je n'ai tout simplement pas l'occasion de m'en inquiéter réellement. » Laissant parler Euan, je fus surpris qu'il se retrouve interrompu dans sa tirade par un raclement de gorge provenant d'un peu plus loin. Le jeune chevalier sembla tant étonné que ma personne d'apercevoir Eireen dans toute la splendeur d'une lady, chose qui, en vérité, ne lui ressemblait guère. Euan la salua alors et, semblant un instant déstabilisé, trouva juste de se retirer après en avoir fait de même avec moi.

Observant le jeune homme disparaître, je répondis au signe de tête d'Eireen de la même façon qu'elle m'avait salué, soudain conscient qu'elle était venue d'elle-même me trouver et que cela était peut-être mauvais présage. Pour quelles autres raisons se serait-elle retrouvée à l'instant devant ce Père qu'elle ne cessait de fuir ? Son apparence était absolument curieuse ; bien que magnifique, je remarquai chez la brune un certain malaise, ses doigts se nouant entre eux en étant témoins. Qu'était-il donc arrivé à ma fille ? Sa mère avait-elle donc réussi à la convaincre de venir me parler et pour ce, d'arborer les traits d'une véritable dame ? Ses paroles ne me le confirmèrent en rien mais je me senti soudainement heureux qu'elle vienne vers mon être, peu en importait la raison. Notre dernière entrevue s'était conclue dans un catastrophique épilogue qui me laissait encore un goût amer au creux de la bouche ; si bien que je me jurai à moi-même de prendre autant de précautions qu'il faudrait afin de ne pas rééditer l'expérience qui s'était révélée bien plus douloureuse que nous ne l'aurions pensé. « Bien entendu, que j'accepte de t'accompagner. » lui répondis-je, un mince sourire décorant mes lèvres. C'était nécessaire. Il fallait que chacun fasse des efforts ; de son côté, peu en importait la véritable raison, elle semblait avoir fait sa part, autant que je tienne la mienne. Je l'invitai alors à passer devant moi d'un geste de la main et, ensemble, nous quittâmes la salle d'armes. La situation me semblait presque étrange, comme irréelle, voire inespérée. Il fallait que nous tenions cette entente cordiale présente à l'instant, que nous réussissions à la maintenir pour qu'une fois, depuis des temps immémorables, notre conversation ne tourne pas au vinaigre. Sans doute fallait-il alors que je bannisse de mon vocabulaire toute allusion au mariage, même lointaine. Les derniers évènements auxquels nous avions dû faire face m'avaient suggéré de laisser ma fille dans sa tranquillité pour l'instant, la laissant s'épanouir encore quelques moments sans tenter aucune proposition pouvant raviver sa fureur quasi légendaire. Après quelques pas durant lesquels je l'avais contemplée, je lui confiai quelques mots d'un ton qui se voulait léger et agréable « Tu es magnifique, Eireen. » Je m'abstins d'ajouter toutes choses, ayant soudainement l'impression d'avancer sur un tapis composé d'oeufs prêts à éclater. S'il fallait que je me contente de quelques échanges avec ma fille pour qu'enfin nos âmes s'apaisent, je le ferai. J'étais prêt à le faire, mon amour paternel me l'ordonnant dans un tendre murmure. Tant que je retrouvais ma fille, cela me convenait, peu importe les sacrifices que je devrais fournir, quand bien même il s'agissait d'un espoir longtemps nourri.

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MessageSujet: Re: Forgiveness is the final form of love ϟ ESRAS   Jeu 8 Aoû - 12:43



Tout ceci promettait d'être bien étrange... Après des semaines, des mois, passés sans échanger plus de quelques mots avec Père, voilà que je m'apprêtais à avoir avec lui l'une des discussions les plus sérieuses qui puisse être. Une discussion qui, je l'espérais très sincèrement, se terminerait sans cris ni larmes. Ce n'était pas pour me disputer avec lui que j'avais demandé à Père de m'accompagner. J'étais déterminée à ce que nous ayons cette conversation le plus calmement possible. Je devrais certainement prendre sur moi, mais je le ferais. C'était bien trop important. J'avais l'intention d'être aussi honnête que possible avec lui. J'en avais assez de tous ces non-dits entre nous, et j'étais certaine qu'il en était de même pour lui. Si je ne le lui avais jamais dit, Père était la personne la plus importante de mon existence. Ce n'était pas ma mère, ce n'était pas mon frère, c'était lui, quand bien même je portais un amour sans limites aux deux autres. Mais mon père, c'était mon roc, mon phare dans la tempête, celui vers qui j'avais toujours levé la tête dans les moments de doute. Que ferait Père à ma place ? Cette question m'avait souvent traversé l'esprit. J'avais ainsi réalisé à quel point nous étions semblables, tous les deux. La seule chose qui nous différenciait vraiment, c'était qu'il était né homme alors que je n'avais pas eu cette chance. Chacun de mes problèmes était toujours venu du fait que j'étais une femme peu ordinaire dans une société qui ne voulait que des femmes ordinaires. Il faut comprendre : obéissante, discrète, effacée, muette, et si possible, belle. Une femme soumise. Ce que j'avais toujours refusé d'être. Ayant été élevée parmi les guerriers, j'avais voulu faire comme eux. Enfant, je n'avais pas compris pourquoi on voulait me cantonner aux travaux de couture quand Aindreas et Eremon se voyaient offrir une épée. Je les avais jalousés pendant très longtemps. Puis j'avais simplement décidé que je me servirais de la seule autre arme à ma disposition, mon esprit. Jusqu'à ce que je sois assez grande pour commencer à me servir de mes poings, jusqu'à ce qu'Eremon m'apprenne à me battre. Père n'allait pas être content lorsqu'il l'apprendrait... Mais peut-être que cela ne le surprendrait même pas.

Il m'avait fallu tant de temps pour réaliser à quel point j'étais chanceuse... Père était plus tolérant que je ne l'avais cru pendant des années. Nombreux étaient les paternels qui se seraient contentés de gifler leur enfant avant de la jeter dans les bras du premier venu soit pour la punir, soit parce que ce dernier offrait quelque chose d'intéressant en échange. Père ne m'avait jamais menacé d'une quelconque union. Il voulait simplement que je trouve un époux. Mon aversion pour les unions m'avait longtemps aveuglée. Tous les hommes n'étaient pas des monstres, tous ne maltraitaient pas leur épouse. Il m'avait fallu des années et l'intervention d'un ours légendaire pour m'en rendre compte. Je n'étais pas encore tout à fait convaincue par l'utilité et l'importance de la chose, mais je n'y étais plus réfractaire non plus. J'ignorais comment Père accueillerait ce changement de point de vue. Bien, je supposais. Depuis le temps qu'il espérait me voir changer d'avis... Oh, il n'y aurait pas de miracle et si je devais me marier il y aurait des conditions, c'était évident. Mais pour moi, c'était un grand pas, un gros effort, qui serais salué, je l'espérais. Toutefois, j'ignorais comment évoquer le sujet. Je m'imaginais mal le lancer abruptement, sans au préalable avoir parlé d'autre chose avec Père. Cela faisait tellement de temps que nous ne nous étions rien dit qu'il fallait peut-être mieux commencer par quelque chose de plus... léger ? En attendant de trouver cette fameuse légèreté, c'est en silence que je déambulai dans les couloirs, à côté de Père. Je fus surprise que ce fusse lui qui brise le silence, qui plus est avec un compliment. J'eus un sourire, suivi d'un petit rire teinté d'une pointe de gêne. « Mère a simplement dit que j'avais l'air différente... Et je crois qu'en me voyant ainsi vêtue, la plupart des personnes ne me reconnaissent pas... Il va moi-même falloir que je m'y habitue, je crois. » Il était sous-entendu que je ferais l'effort de me vêtir comme une vraie lady un peu plus souvent. Pas constamment, car ce n'était pas non plus qui j'étais, mais si c'était ce qu'il fallait pour apaiser un peu les querelles, le prix n'était pas très élevé.

Nous mîmes le pied dehors et presque aussitôt un vent glacé mordit ma peau. Je rapprochai les bords de mon manteau de fourrure en frissonnant. Quelle idiote n'avais-je pas été de prétexter un besoin de me rendre au village, par un froid pareil... Il était cependant trop tard pour changer d'avis, j'avais déjà fait seller nos chevaux. Je ne pus m'empêcher de me demander comment diable j'allais pouvoir monter Naomhán avec mes jupes. Voilà une chose à laquelle je n'avais pas pensé. Je me retins de lever les yeux au ciel. Cela ne pouvait pas être si difficile, bien des femmes y arrivaient. C'est toujours en silence que nous traversâmes la cour. Nous aurions pu arriver aux écuries très rapidement si je n'avais pas aperçu Ciaran, le forgeron du domaine. Abruptement, je fis volte-face vers Père. « Excusez moi une minute. » Je traversai la foule de la cour pour le rattraper. Un peu brusquement, je l'attrapai par le bras. Bras qui comme je l'avais suspecté, était recouvert d'un bandage. « Tu t'es brulé, encore. » « Encore. Je suis forgeron, Eireen. Je me brule tous les jours » avait-il dit avec un sourire. Cette fois ci je n'avais pas pu m'empêcher de lever les yeux, avant d'avoir un petit sourire. Ciaran devait être l'un des rares hommes que je n'avais jamais eu envie de gifler. Peut-être parce que de son côté, il ne m'avait jamais traitée comme une sorcière et n'avait jamais proféré d'insultes à mon égard. Je passais souvent du temps avec lui, quand personne n'avait besoin de moi. Je m'asseyais dans la forge avec un ouvrage, ou rien du tout, et je le regardais forger, ou lisais dans un coin tranquillement, sachant que personne ne viendrait me chercher là. Parfois nous parlions, parfois non, mais le silence entre nous était toujours confortable. J'étais toujours là pour panser ses plaies, il était toujours là pour me retenir quand j'avais envie d'arracher des yeux et de partir en vendetta contre le sexe masculin. Nous étions amis, voilà tout. « Il faut que j'aille au village avec mon père. Viens me voir ce soir, je m'occuperai de ton bras. » « Tu sais que tu n'es pas obligée de faire ça. » Je pris un air faussement fier. « Je sais. » Je lâchai son bras et me dépêchai de rejoindre Père, qui m'attendait près des écuries, les rênes de nos montures en main.

Je flattai l'encolure de mon étalon, qui sembla me saluer d'un mouvement de tête. Il n'y avait qu'une personne que Naomhán tolérait en dehors de moi-même, et il s'agissait de Père. Très certainement parce que c'était ce dernier qui me l'avait offert, il y avait quatre années de cela. Le cadeau d'un père à sa fille. Un cadeau que je chérissais depuis ce jour, malgré le mauvais caractère de l'animal. Il me fallut un petit moment avant de réussir à monter en selle, car je m'emmêlais dans mes jupes. J'eus un profond soupir une fois que ce fut fait. Je me saisis des rênes, avant de me tourner vers Père. « Vous savez que cela fait quatre ans que les palefreniers vous maudissent pour m'avoir offert cet animal ? Il paraitrait qu'il serait insupportable et incontrôlable... » Je talonnai l'animal, qui se mit doucement en route vers les grandes portes en bois qui fermaient la cour du domaine. « A moins qu'ils ne parlent de moi ? Je ne suis jamais très sûre. » J'eus un petit rire, pour bien montrer qu'il s'agissait là d'une plaisanterie, et non pas de quelque chose de sérieux. De toute façon, j'avais fini par me faire sourde aux insultes et aux critiques, je ne les écoutais plus depuis bien longtemps.

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MessageSujet: Re: Forgiveness is the final form of love ϟ ESRAS   Ven 23 Aoû - 11:47

► L I S T E N


eireen & esras

Un instant, je me pris à craindre que ce n'était qu'un rêve, l'aveux de mes plus grands espoirs se révéler dans les chimères d'une nuit sombre. Eireen, celle qui me fuyait depuis tant de temps que mon cœur commençait à peser au fond de ma cage thoracique, était venue à moi, dans l'attente, me semblait-il, que nous échangions tout deux. Mais ce n'était pas un mirage ; cette fille que j'avais depuis toujours chéris se trouvait bel et bien devant moi, sublimée par une robe qui, pourtant ne lui seyait guère, quand on connaissait mieux la belle. Fougueuse et rebelle, un tel vêtement ne faisait qu'entraver ses attitudes un peu trop masculines qui avaient tant le don de déranger que de m'exaspérer. Elle qui désirait tant le respect des femmes les honoraient-elles réellement en chassant leurs conditions en tentant délibérément de se faire homme ? J'avais à maintes reprises tenté de la raisonner, peut-être un peu désespéramment, continuant à lutter contre mon propre reflet. Car elle n'était rien moins que ça ; une Dunegan dont le fichu caractère propre à cette famille, pourtant honorable, faisait bien trop parler d'elle. Je craignais, parfois, qu'on me l'enlève ; après tout, Eireen provoquait tellement de monde que je m'étonnais parfois qu'elle n'ait jamais eu de soucis. Sans doute ma propre réputation et celle de son frère suffisaient à éloigner les dangers de la jeune fille ; qui donc pourrait s'en prendre à la fille Dunegan sans redouter la colère de ses protecteurs ? Jusqu'ici, il n'y avait eu personne et à notre renom devait s'ajouter une certaine part de chance. Car je m'effrayais moi-même à penser à cet instant où ni Eremon, ni moi-même, ni même encore Aindreas ou tout autre homme arrivant à supporter - plus ou moins - la demoiselle ne seraient là pour prendre soin de ses arrières. Mais en ce jour j'étais à ces côtés et je savais que, tant que j'y resterai, rien ne lui arriverait.

Eireen sembla tant troublée par mon compliment que je l'étais par sa tenue ; une désagréable impression de redécouverte me guettait. Si je ne l'aimais point c'était que cette sensation me rappelait indéniablement que si nous avions à nouveau à nous connaître, c'était bien parce que nous nous étions auparavant perdus. Et quel horrible sentiment que voilà d'avoir besoin de retrouver sa propre fille alors qu'elle s'était toujours trouvée à mes côtés. J'eus un sourire léger quand mon interlocutrice évoqua sa mère ; la simple pensée de ma douce suffisait à m'apaiser. Celle-ci avait dû être tellement heureuse de pouvoir choyer à son gré son enfant qui se montrait d'ordinaire si réticente à devoir enfiler une telle parure. Sans doute mon épouse avait éprouvé autant de plaisir en habillant sa fille qu'en tressant d'une main experte ses longs cheveux ayant hérité de l'obscurité des miens. Mais je me contentai de ce simple petit geste, un unique sourire étirant mes lèvres, car je n'osais m'aventurer parmi d'autres paroles. Cela ne me ressemblait pas ; ma franchise était légendaire et parfois redoutée. Mais en cet instant, ce moment qui me semblait aussi fragile que le cristal, j'étais prêt à m'écraser moi-même, muselant la gueule d'ours qui était mienne, celle qui avait mordu de bien nombreuses fois. C'était cet effort considérable qui avait chaque fois manqué à nos conversations jusqu'à faire d'Eireen et de ma personne, un chat et une souris se bataillant continuellement, attendant que l'autre tombe - ce qui, en soi, n'était jamais réellement arrivé. Mais en ce jour, il me parut que nous avions décidé dans un commun accord muet de déposer les armes, ne fusse que pour une simple conversation. Et en aucun cas il ne fallait que j'abîme cela ; malgré les pensées qui me taraudaient l'esprit, mon seul désir était de préserver cet instant. 

Sortant, en route vers les écuries, je fus surpris de voir Eireen se retourner vivement vers moi avant de s'excuser. M'arrêtant net, n'ayant même pas le temps de lui répondre avant qu'elle ne disparaisse, je restai un instant coi et perplexe. M'abandonnait-elle ? Après plus mûres réflexions, reprenait-elle cette détestable habitude de me fuir ? Sourcils froncés, je décidai de continuer ma route, ravalant cette crainte s'étant soudainement immiscée dans mon esprit. Un palefrenier me confia nos montures avant de disparaître le plus rapidement possible, reconnaissant en mon être celui qui, récemment, avait failli le tuer d'un simple regard après que trois de nos bêtes se soient enfuies. Cet incident avait au moins valu une ballade durant laquelle j'avais trouvé l'occasion d'échanger un peu avec Aindreas. Il me semblait que tous m'échappait ; ces enfants que j'avais vu grandir, que j'avais élevé, les voilà qui s'envolaient de plus en plus loin, sans jamais penser à se retourner vers ces personnes ayant construit leur passé pour mieux préparer leur présent. J'avais parfois cette impression qu'ils se refusaient à nous accorder leur futur ; désirant être seuls maîtres de leur destinée, ils oubliaient parfois que leurs aînés restaient des piliers de leur existence sur qui ils pourraient toujours reposer. Pas éternellement, certes, mais tant que nous étions là, ils le pouvaient.

Keavy vint spontanément chercher réconfort au creux de ma main, poussant ma paume du bout de ses naseaux. Je répondis doucement à sa demande, ne me rendant pas entièrement compte que mon attention était dirigée vers un tout autre être ; après avoir un instant cherché ma fille, je fus surpris de la retrouver aux côtés d'un homme. Légèrement contrarié, je m'attendis à une autre démonstration de sa fureur avant de me rendre compte que la présence de cet être masculin lui semblait agréable, à en croire son sourire. Je serrai soudain les dents en apercevant le visage de son vis-à-vis ; c'était ce mystérieux forgeron aux origines des plus controversées. Levant le menton, scrutant la scène avec intensité, comme le cœur de père que je possédais me l'ordonnait, je me pris à me sentir presque soulagé quand Eireen s'éloigna de son interlocuteur. Tout se mélangea au sein de mon crâne ; peu de garçons pouvaient se vanter de ne pas attirer les foudres de la fille Dunegan et cette dernière éveillait ma curiosité avec une force considérable quant à sa démarche. L'idée du mariage me vint alors rapidement à l'esprit avant que je ne la chasse ; c'était absurde. Ma fille ne voulait pas d'une telle chose et ce n'était pas parce qu'elle évitait de tabasser un pauvre jeune homme étranger dont je me serais méfié plutôt deux fois qu'une, que cela changerait. Mais tout de même, je notai qu'il faudrait que je tienne ce soupçonneux garnement à l’œil. Ciaran - son nom me revint soudainement à l'esprit - avait beau posséder un certain talent à la forge, jamais je ne lui permettrai de toucher à ma fille - du moins pas avant que j'en ai fait la connaissance. Puis, les paroles d'Eanna concernant ce jeune homme me vinrent à l'esprit ; il était ce nouvel arrivé, débarqué dans un champs de Dryas. Ses dires vinrent couvrir ma bouche d'une certaine amertume ; peut-être que, enfin, Eireen se rendait compte que tous les êtres masculins n'étaient pas des monstres. Mais pourquoi donc avait-elle choisi de le remarquer grâce à cet inconnu dont le passé restait des plus flous ? Je soupirai avant de la voir se rapprocher, ce qui me fit détourner le regard sur ma jument qui, remarquant que je lui donnais enfin un peu d'attention, me gratifia d'un coup de chanfrein dans le bras. La repoussant délicatement, je mirai l'étalon que j'avais offert à Eireen avant de lui confier ses rênes, une fois qu'elle fut à ma hauteur. J'observais avec une certaine curiosité ma fille monter avec les nombreux et inhabituels tissus recouvrant son corps de jeune femme avant de l'imiter, me retrouvant avec bien plus de facilité hissé sur le dos de ma monture qui s'ébroua. Je ne pus m'empêcher de rire à la remarque d'Eireen tout en ordonnant à Keavy de prendre à son tour le pas, ayant eu vent du fil à retordre que donnait ce cheval à ses soigneurs - qui, je le savais, n'étaient pas tous très doués, en vain.  « Je doute que ce soit la seule raison pour laquelle ils me maudissent. Je suppose que cela doit être familial. » J'adressais une petite moue à ma fille suivi d'un sourire. Avant même sa naissance, rares étaient ceux qui n'avaient pas une seule fois maudit le nom de Dunegan, de ce fermier devenu chevalier dont le fichu caractère avait déjà eu l'occasion de créer des vagues. Apparemment, notre lignée continuait dans cette optique, au plus grand dam de certains.

Laissant échapper un vague soupir de mes lèvres qui s'avérait être un certain soulagement en vérité, je me mis à hauteur d'Eireen. J'avais laissé le silence s'installer entre nous jusqu'ici mais, maintenant que ma fille était bel et bien à mes côtés, l'envie d'échanger avec elle se faisait de plus en plus présent. Alors, d'un air léger, naturel, et surtout, serein, je pris la parole. « Ce jeune homme... » commençai-je, songeur, pesant bien chaque poids de mes mots, ne désirant pour rien au monde frustrer en cet instant ma fille.  « Ne serait-ce pas ce forgeron apparu dans un champs de Dryas ? » m'osai-je alors, décidant que c'était peut-être un bon sujet de conversation, étant donné que la compagnie du garçon semblait agréable à ma fille.  « Ta mère m'en a récemment parlé. Je dois avouer qu'il a un certain talent. » J'omis de préciser à quel point je m'en méfiais, prêt à lui sauter à la gorge au moindre faux pas car, je n'oubliais jamais que nous étions en guerre.

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