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 « Les pères ne savent jamais rien de leurs fils. Ni les fils de leurs pères. » ▬ Eremon

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Western Highlands and islands

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MessageSujet: « Les pères ne savent jamais rien de leurs fils. Ni les fils de leurs pères. » ▬ Eremon   Lun 25 Fév - 19:11


« Les pères ne savent jamais rien de leurs fils. Ni les fils de leurs pères. »
Eremon & Esras

Les cris assourdissants de mes ennemis se mêlaient à ceux de mes alliés, à la manière de leurs coups, à celle de leur sang. La bataille battait de son plein et, atteignait désormais, son paroxysme de violence. Je ne voyais plus les morts. Plus personne ne les voyait. Ils n'étaient que tas de chair, avec des os, un peu de sang, sans jamais n'avoir été vivant. Tout ce que j'apercevais, c'étaient les lames tranchantes qui voulaient ma peau contre lesquelles je me défendais. Cette pluie de coups n'avait rien à envier à celle qui nous gelait les os par ses milliers de gouttes qu'elle nous lançait, du haut du ciel. Pas un instant je m'étais rendu compte à quel point j'étais affaibli, avec quelle intensité les forces commençaient à me manquer ; je ne pouvais me le permettre. Contre la mort, on ne peut pas se permettre de faiblir, ne fusse qu'un fragment de temps.

Esquivant un coup dont j'anéantis l'auteur, j'hurlai, d'un cris encore plus long et puissant que ceux que j'avais poussé jusqu'ici. Retirant sèchement ma lame de ce corps agonisant, je reçus un bouillon de sang s'en échappant sur mes mains froides comme la mort. La différence de température était telle que je crus me brûler. J'avais, depuis quelques heures, abandonné mes gants, massacrés par l'usure. J'espérais que je ne finirais pas dans le même état qu'eux. Je me reconcentrai sur la bataille se déroulant autour et avec moi, apercevant, non loin, cette chevelure blonde que j'avais jusqu'ici oublier. Je l'avais perdu de vue et, le sachant résistant, ne m'en étais que peu soucier, jusqu'à omettre de lui jeter de temps à autres un coup d'oeil. Mais je l'avais retrouvé. J'en fus rassuré un instant, mais je n'eus le loisir d'en profiter ; déjà, je me confrontai à nouveau avec un de ces ennemis dont je ne connaissais l’identité.

Puis, il y eut cet instant. Cet instant où, levant les yeux vers l'endroit que je surveillais de temps à autres, ils tombèrent sur un manque, un vide terriblement angoissant. Cet instant même où je n'aperçus plus ces brins de paille souillés par le sang, la boue, l'eau ruisselante. Il était tombé. Cet être, bien au-delà du simple compagnon d'armes à mes yeux. Mes pupilles scrutant le sol, poignardèrent mon coeur en lui affirmant ce qu'il se hurlait d'écarter de mes pensées ; là, sur le sol, gisait le corps d'Isran, toute vie s'en effaçant. Au point où nous en étions arrivés dans cette misérable bataille, je ne pus que prier pour son âme, défendant ma pauvre vie, sans plus jamais l'oublier. Et comme à chaque fois, c'était à ce moment que je me réveillai. Haletant encore de cette fichu bataille, vieille de dix ans désormais.

Souvent, Eanna ouvrait ses magnifiques yeux et, même dans l'obscurité, je savais qu'elle m'observait. Qu'elle scrutait son mari dont les nuits étaient hantées par tant de mauvais rêves. Dans ces instants, où elle sentait à quel point j'avais besoin d'elle, elle venait se lover doucement contre mon torse et murmurait les mots les plus doux que j'avais eu attendre dans ma vie et elle réussissait à apaiser mon âme. Et cela était aussi remarquable que sublime.
Mais elle se rendormait. J'entendais sa respiration délicate devenir plus profonde et lente, pendant que lui caressais doucement les cheveux, ne réussissant plus à fermer l'oeil. Alors je réfléchissais longuement. A ce que j'aurais dû faire ou non. A ce qu'il en serait advenu si je l'avais fait. Pour finir en soupirant, me rendant compte à quel point il était futile de ressasser tout un passé, quand on sait que rien n'y changera.


Encore un peu secoué par cette nuit, je me levai de bonne heure afin de me rendre aux écuries. Les chevaux me changeraient assez les idées pour que je reparte de bon pied. Avec une délicatesse que peu de gens me connaissait, je caressai le chanfrein d'une jument se nommant Alanis avant de demander à un des palefreniers présents de me la préparer. Elle était jeune et avait besoin de sortir le plus souvent possible. J'étais loin d'être le meilleur cavalier du royaume mais j'étais plutôt aisé à cheval.

Cependant, à peine étions-nous en route depuis une demi-heure que je sentis que quelque chose n'allait pas. Refermant mes doigts sur les rennes afin d'arrêter ma monture, j'en descendis avant de la faire marcher à mes côtés. Je soupirai longuement avant de me pincer l'arrête du nez tout en fermant les yeux. Qu'est-ce que cette jument avait bien pu faire pour boiter? Je ne lui avais rien demandé d'extravagant et elle ne démontrait rien de particulier quand nous étions partis. Je passai donc les rennes au-dessus de l'encolure afin de la reconduire aux écuries, après l'avoir un peu rassurée, à l'aide de quelques caresses le long de son encolure. Elle m'observait, inquiétée par la douleur, de ses grands yeux marrons contrastant avec son pelage blanc moucheté de gris, se demandant ce que ce grand homme sombre pourrait bien faire d'elle.

De retour à l'écurie, je laissai l'animal entre de bonnes mains et m'apprêtais à partir quand une voix retentit dans mon dos, à mon égard. Une voix que j'aurais préféré étouffer de mes deux mains, si j'avais pu deviner ce qu'elle allait prononcer, là, à l'instant. « Il faut croire que c'est de famille. » A ces mots, je me retournai si violemment sur l'auteur de ces paroles qu'il en sursauta. Peut-être n'avait-il pas prévu que je l'entende mais malheureusement pour lui, c'était le cas. Le foudroyant de mon regard azur, je lui crachai ces mots, ne contenant en rien la rage grondant dans tout mon être et résonnant dans ma voix « Allez au fond de votre pensée! » Même si, à vrai dire, j'en connaissais déjà tout. Mais ce jeune homme, dépassant de peu la quinzaine, s'osait à insulter ma propre famille, devant moi, Esras Dunegan. Il s'en mordit rapidement les doigts, se rendant à quel point une telle chose était à la fois stupide et dangereuse avant de se faire miraculeusement sauver par celui semblant être son père. Celui-ci me demanda de le pardonner, clamant son innocence, prenant comme excuse son extrême jeunesse. « Pardonnez-le, il est jeune, il ne sait ce qu'il dit, il... » « Eh bien il devrait. La vérité sort de la bouche des enfants, dit-on. » Je l'avais regardé avec une telle haine qu'il ne put soutenir mon regard et s'éclipsa aussi vite qu'une fouine l'aurait fait, déguerpissant avec son rejeton qu'il sermonnait tout bas. J'étais au courant de ce qui courrait dans le château et aux alentours. Mais l'entendre me rendait fou d'une rage que l'on pouvait facilement redouter.


Vous vous doutez bien qu'au lieu de m'apaiser, ce début de matinée ne fut que raviver le tourment consumant mon âme. Et ce fut en quittant le lieu des écuries que je me rendis compte de quelque chose qui ne fut que me frustrer d'avantage ; depuis combien de temps avais-je vu Eremon? Certes, pas plus tard qu'hier. Mais avions-nous parlé? Peut-être bien mais si superficiellement que ça ne m'avait pas marqué. Je fronçai les sourcils, contrarié ; déjà, il y avait seulement quelques jours, j'avais dû me confronter à une Eireen plus fougueuse et sauvage que jamais et maintenant... étais-je entrain de perdre mon propre fils? Doucement, il semblait m'échapper. Et à l'instant où j'en fus conscient, je sentis en mon coeur, un vide extrême que je détestai immédiatement. Il fallait que j'y remédie.

Ce fut, prisonnier de nombre de pensées sombres que je partis donc à sa recherche. Il ne fallait pas que je me fasse d'idées, alors dans ce cas, je me devais de tout mettre au clair. Le premier lieu où il me sembla logique de le trouver fut la salle d'entraînement. Je fus heureux de l'y retrouver, n'étant pas réellement d'humeur à le chercher dans tout le domaine - même si, si ça en avait été le cas, j'aurais reporté notre rencontre à plus tard, ayant d'autres chose à faire. M'approchant de lui, je pris la parole une fois qu'il eut abandonner son élève. « Nous avons à parler. » Je lançai un regard au jeune garçon, pas vraiment à l'aise pour le coup avant de reporter mes prunelles sur l'homme me faisant face. L'homme à qui j'avais terriblement besoin de parler. Et c'était particulièrement frustrant. Car c'est le fils qui vient parler au père et rarement l'inverse.

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citation de Patrick Poivre d'Arvor
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IT'S LIMITLESS
Si tu as rêvé dans les eaux sombres, dans la pénombre, si la lueur des profondeurs t’attire aussi, ne me retiens pas ; même si les bras froids du tendre océan te saisissent, englacent ton cœur, tu me rejoindras, ne me sauve pas, coule avec moi, ne me retiens pas...


« Il était comme mon frère, on n’aimait pas son frère de cette façon. »

« Si tu désires une chose, il n’y a que toi qui devras te démener pour l’obtenir. Personne ne le fera à ta place. Et si tu tombes, tu te relèves. Toujours. »
Esras Dunegan.

MessageSujet: Re: « Les pères ne savent jamais rien de leurs fils. Ni les fils de leurs pères. » ▬ Eremon   Mar 16 Avr - 17:08


Esras & Eremon
Les pères ne savent jamais rien de leurs fils.
Ni les fils de leurs pères.

Je me trainais jusqu’à ma salle fétiche avec des pieds lourds, ce jour-là. Les entraînements étaient tout ce qui me restait, depuis quelques temps. A vrai dire, ce n’était pas un hasard. C’était précisément depuis ce chantage, cette chose que je m’étais permis de faire. Si ma discussion avec ma sœur avait pu me « soulager » quelque peu, le naturel était revenu au galop. Je n’avais que ces journées passées à travailler qui me permettaient de m’échapper un peu, de ne pas ressasser ces derniers événements, de me sentir un peu plus libre. Dans ma tête, du moins. Libre de mes mouvements, c’était autre chose. Je prenais grand soin à éviter les endroits du château et du domaine où je pouvais trouver Aindreas. De même que Cailean. Je ne pouvais me résoudre à affronter son regard, me permettre de passer auprès de lui en me disant « Oui, c’est ma faute, ce qui arrive. J’ai décidé pour toi que tu souffrirais, sûrement déjà plus que ce qui se passait déjà depuis quelques temps dans ton cœur. » J’étais le juge et le bourreau à la fois. Et surtout, personne ne devait apprendre. Ce serait la fin de tout.

Eireen s’était montrée rassurante, compréhensive, oui. Et après ? Si je lui en étais infiniment reconnaissant pour tout, même pour le fait d’être ma sœur, d’être si clémente, ça ne changeait rien aux faits qui étaient là, bien présents, bien encrés en moi, en nous, qui se répercutaient contre les murs froids de cette bâtisse. Ces pierres devaient en avoir entendu des tas, des histoires, des secrets, des regrets, des confessions honteuses ou porteuses de bonnes nouvelles. Qui savait ? Cet échange que j’avais pu avoir avec ma sœur ne m’avait servi qu’à m’accabler encore plus de culpabilité. Si elle m’avait soutenu, je n’avais fait que lui faire porter le poids de mes actes sur ses fragiles épaules. Elle vous dira très certainement que ses épaules ne sont pas fragiles, mais elle n’avait point à subir les effets de mes soucis.

Les cours individuels étaient de mise ce jour-là. Généralement, j’alternais afin de mettre en pratique de façon personnelle ce que mes élèves avaient appris en groupe la veille. C’était encore frais dans leur esprit, dans leurs muscles. Le meilleur moyen pour apprendre, selon moi. Du moins pour des futurs chevaliers. Toutes les méthodes d’apprentissage n’étaient point les mêmes de métier en métier, bien entendu. J’arrivai donc devant la grande et lourde porte que je poussai afin d’entrer dans la salle d’entraînement. Je n’eus pas à attendre très longtemps avant que le premier élève vienne marquer son arrivée par quelques coups secs sur le battant épais. Je l’invitai à me rejoindre puis démarrai le cours. J’avais la chance d’avoir bon nombre d’élèves curieux d’apprendre, très débrouillards et appliqués. Il ne leur fallait pas très longtemps avant d’avoir assimilé de nouvelles techniques, de nouveaux pas, de nouvelles parures, et ils les reproduisaient plutôt bien. Certains étaient évidemment moins… « doués », mais ce n’était point-là une critique. Le but était d’apprendre, quel qu’en fut le temps pris pour cet objectif.

Sa leçon terminée, j’accueillis un deuxième élève. Plus jeune, plus timide, moins sûr de ses gestes. Cela demandait plus de patience, et étrangement, son comportement me faisait sourire un peu. J’essayais de m’imaginer à son âge, une épée à la main. Avais-je été tout aussi peu confiant ? J’avais du mal à me souvenir. C’était encore une époque radieuse, si l’on en oubliait la guerre. Point de tourment, point de questions en suspens, point de souffrance. Point de chantage. Je secouai la tête discrètement en pensant à tout ceci de nouveau. A croire que mon temps passé dans cette salle ne faisait plus autant effet qu’auparavant. Je cachai un soupir. Nous arrivions à la fin de sa leçon lorsque je vis mon père passer la porte entrouverte de l’endroit. Non mécontent de le voir, je me demandais cependant ce qu’il venait faire par ici. Détournant la tête en souriant quelque peu, je m’adressai à mon élève. « Nous nous voyons demain. Répète les gestes d’aujourd’hui et repose toi. » Il me salua et me remercia. Père s’avança jusqu’à moi sans plus attendre ; je m’empêchai de froncer les sourcils. « Nous avons à parler. » Ce qui avait le luxe de me rendre d’autant plus perplexe.

Je le vis jeter un regard à mon élève qui tardait à prendre ses affaires et s’en aller. Le pauvre ne devait décemment pas se sentir à sa place et je ne remerciais point mon père pour cela. Il finit par franchir la porte et je plantai de nouveau mes yeux dans ceux du chevalier qui me faisait face. Ce qui m’inquiétait à présent était l’air que son visage avait pris. Je ne savais pourquoi, mais cela ne me disait rien de bon. Mon père n’avait pas pour habitude de me trouver ainsi en se faisant si… insistant ? Du moins avec une expression si grave. Je croisai donc les bras, ne sachant que faire d’eux en les sentant balancer de chaque côté de moi. « De quoi souhaitez-vous dont parler ? » Je n’avais pas été sec, mais mon ton laissait paraître un certain étonnement. Si je voyais mon père tous les jours, ou presque, et que nous échangions des banalités, rares étaient les moments où nous prenions le temps de discuter en profondeur. Et je devais bien avouer que j’eus peur de voir cela arriver. Depuis quelques temps, du moins.


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JUSTE UN PEU D'EAU SUR MES LÈVRES, JUSTE POUR ME SOUVENIR
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MessageSujet: Re: « Les pères ne savent jamais rien de leurs fils. Ni les fils de leurs pères. » ▬ Eremon   Jeu 2 Mai - 12:01


« Les pères ne savent jamais rien de leurs fils. Ni les fils de leurs pères. »
Eremon & Esras

De quoi souhaite-je donc parler? Eh bien, aussi curieux que cela pouvait paraître, je n'en savais guère plus que lui. Certes, j'étais venu le trouver mais comment pouvais-je bien lui déclarer que j'étais venu juste parce que j'en ressentais le besoin. Que, quelque part, son père vieillissant réclamait un peu d'attention, un peu de réconfort même peut-être. Que même ce modèle dont il avait choisi de suivre les pas avait ses moments de faiblesse et que c'était chez lui qu'il tentait de se réfugier. Que malgré sa proximité, mon fils me manquait. Quelle horrible sensation que de se sentir éloigné d'une personne que l'on côtoie quasiment tout les jours. Sans doute le fait qu'il doive rester cloîtrer dans ce château, sans même jamais pouvoir retourner un jour sur les champs de bataille jouait également. Combien de fois nous étions-nous élancés, dans un même élan, côté à côté, Aindreas n'étant également jamais très loin de lui? L'image du jeune homme veillant sur le blond pendant le long sommeil qui avait suivit l'incident lui enlevant une grande capacité de sa jambe, me revint alors à l'esprit. Il était rare que je ne le croise pas quand je rendais visite à Eremon que je retrouvais désespérément identique à la dernière fois que j'avais posé mes yeux sur lui ; les yeux clos, immobile comme mort alors que nous savions que son coeur battait encore fort, au creux de son torse. Il était là, sans l'être vraiment. C'était mieux que de le perdre mais terriblement douloureux en sachant que nous ne pouvions prouver qu'il était bel et bien en vie.J'avais redouté que son sommeil ne devienne éternel, que son corps cesse de vouloir le maintenir ici, qu'il nous abandonne pour de bon. Mais il avait tenu. Mon fils était un grand homme. Je sais que, venant d'un père, ce n'est très certainement pas objectif mais c'était tout à fait véridique. Il avait su m'écouter, défendre les valeurs que je lui avais inculquées tout en restant un être juste et un guerrier remarquable. Et là où beaucoup aurait flanché, désespéré par le sort que devaient porter leurs épaules, Eremon avait bravé le destin ; il avait saisit la chance d'être maître d'armes, de former ces jeunes garnements qui plus tard, à leur tour, deviendraient de remarquables chevaliers - avec tel précepteur, je n'en doutais guère. Il me rendait terriblement fier, même si jamais je n'avais douté de lui. A l'instant même où il était né, mon coeur s'était épris d'un amour paternel pour ce nourrisson, lui promettant d'être éternellement à ses côtés, quoiqu'il arrive, quoiqu'il se passe. Et je tenais à tenir cette promesse.

Alors, non, je ne savais pas de quoi je désirais parler. A vrai dire, je souhaitais juste échanger avec ce fils qui doucement, semblait filer entre mes doigts. Pas que je voulais le tenir enfermé, loin de là, mais je ne voulais tout simplement pas le perdre. Il était la prunelle de mes yeux, au même titre que sa soeur et jamais je ne me pardonnerai qu'un jour, l'un m'abandonne. Je ne répondis pas de suite ayant pourtant conscience que je piquais la curiosité d'Eremon, ayant perçu dans sa voix un certain étonnement que je trouvais logique. Rien de majeur ne s'était visiblement passé ces derniers jours, du moins pas assez important pour je vienne de cette façon le solliciter. Mais devais-je vraiment attendre une telle chose afin de m'entretenir avec lui? Craignait-il que je lui reproche quelque chose? Mais rien ne me venait à l'esprit ; il était un gendre remarquable, un de ceux dont les pères n'ont d'autres choix que d'être heureux et fiers. A moins que derrière ce visage que je connaissais si bien, ne se cache quelque chose que je ne pouvais même pas imaginer soupçonner. Mais c'était absurde, Eremon n'avait rien à cacher. A cette pensée, je me redressai de toute ma hauteur, relevant ces épaules qui s'étaient légèrement affaissées avant de venir plonger mon regard azur dans le sien. Je lui adressai alors un demi sourire que je voulus rassurant avant de prendre la parole, scrutant la pièce des yeux, d'un air un peu moins lourd de sens. « Rien de grave, rassure-toi. Je tenais juste à savoir comment mon fils se portait. » Je lui adressai alors un regard en coin tout en effectuant un hochement de tête qui lui confirmait l'authenticité de mes dires. Sans doute devais-je l'avoir inquiété et ce, sans raison apparente. La nuit que j'avais passée, aussi désastreuse que ce début de matinée s'était révélé devait m'avoir assez accablé pour que je paraisse aussi glacial que l'hiver arrivant promettait de l'être alors qu'en vérité, je désirais juste un peu de chaleur. Il fallait que je chasse toutes les pensées sombres qui habitaient mon esprit, accepter ce qui avait été et me réjouir de ce qui était encore. Voir Eremon, là, devant moi, m'avait déjà un peu apaisé ; je m'étais fait des idées, très certainement. Il ne cherchait pas à m'éviter - comment aurait-il pu, à vrai dire? - et j'en fus rassuré.

Que pouvais-je donc ajouter à cela? Je l'ignorais et, au lieu de commencer à tenter de trouver quelque chose à dire, je m'élançai dans une contemplation de la salle où nous nous trouvions alors qu'en vérité, j'en connaissais tout les recoins. J'y avais moi-même reçu mon enseignement, celui qui, aujourd'hui me gardait la vie sauve et m'avait permis d'acquérir une certaine réputation. Un fils de fermier devenu chevalier, quelle histoire peu commune. Souvent, on ne l'entendait que dans les contes pour enfant, pourtant, je lui avais donnée vie ; j'avais gravé le nom de Dunegan dans la chevalerie et c'était sans doute la chose que j'avais accomplie dans ma vie qui me rendait le plus fier. De cette manière, j'avais également permis à mon propre fils de marcher dans mes pas et je percevais cela comme un véritable honneur, gonflant mon coeur de fierté. Et dire que lui aussi, encore quelques années seulement auparavant, il échangeait ses premiers coups en ces mêmes lieux. La mélancolie me guettait et elle se fit présente dans les paroles que je prononçai, décidant de faire à nouveau résonner ma voix grave. « Le temps des tes premiers pas ici est bien loin, pourtant il me semble que c'était hier que tu en foulais le sol pour la première fois. » Et moi donc. Je me souvenais clairement de mes premiers entraînements, si rudes m'avaient-ils d'abord semblé. Mais j'avais persévéré, encore et toujours, si bien que je me retrouvais là où j'étais aujourd'hui. Et Dieu, quel bonheur, de voir que ce fils unique avait appris de moi, qu'il avait entrepris de défendre les même valeurs, au même titre que son père. Je n'avais pas suivi le modèle du mien mais il n'en avait pas été pour autant déçu ; quelle joie de raconter à ses voisins les exploits militaires de son garçon. Il avait aimé tout autant mes frères et mes soeurs mais c'était bien de ce fils lui ressemblant tant qu'il était le plus fier ; chevalier des MacNeil, quel titre honorifique pour lequel il s'était démené corps et âme. J'avais su obtenir ce que j'avais toujours désiré et ce parce que jamais je n'avais abandonné. Quand tu tombes, tu te relèves, telle était la pensée qui m'accompagnait éternellement, celle qui avait régit une partie de ma vie, celle que j'avais tant de fois répétée à mes propres enfants.

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